L’ÉDITO PAR CATHERINE ERNENS

L’heure du clocher

L’heure du clocher

EdA - Jacques Duchateau

Les clochers viennent résonner dans le débat. Nos 2 500 églises wallonnes, leur coût, leur avenir, reviennent sur la table.

L’archevêque de Malines-Bruxelles, Mgr Léonard, a annoncé la réouverture définitive au culte de l’église Sainte-Catherine alors que des appels à projets sont ouverts pour lui donner une autre vie, au moins en partie. Alain Courtois (MR), Premier échevin de la Ville de Bruxelles, en est resté interdit. Alain Mathot (PS), lui, se heurte à l’évêché de Liège qui refuse d’initier une discussion avec les fabriques d’église en vue d’une fusion. Que se passe-t-il? Rien justement. Nous avions en mars 2012 consacré un dossier à cette question «la gestion des églises, calvaire des Communes». Dominique Vellande écrivait ceci: «les églises ne sont pas que l’affaire des catholiques. Elles sont aussi notre histoire et nos histoires. À la valeur patrimoniale s’ajoute une valeur affective et de proximité. Elles restent des repères importants.» Et il ajoutait: «Mais on est loin de l’époque de Don Camillo et de Peppone». Par quelle tragique et regrettable destinée, aurions-nous fait un bond en arrière, ou un statu quo, trois ans plus tard? Terrible constat, dans ce cas. La Wallonie a enregistré un retard énorme sur cette question, par rapport à l’Europe et la Flandre. Parmis nos 2 500 clochersnombre d’entre eux sont menacés par l’abandon, la désaffection, la désolation. Jean-François Husson qui coordonne l’observatoire des relations administratives entre les cultes, la laïcité et l’État expliquait dans notre dossier de 2012: «La Wallonie a certes 700

clochers de plus sur les bras que la Flandre. Mais la Flandre débourse cinq fois plus d’argent pour ses églises classées

que la Wallonie». Frédéric Moens, professeur aux Fucam, plaidait pour sa part: «Il faut que ça bouge sinon les édifices vont s’écrouler. Il faut faire admettre par tous qu’un édifice de culte est aussi un patrimoine. Dans d’autres pays, la réflexion

est menée depuis les années

70.» Le chanoine Huet, lui, prévenait: «Les hommes politiques doivent faire attention s’ils s’attaquent aux clochers. Une société qui s’attaque au spirituel, c’est une société qui perd son âme», Il avait raison sur la seconde partie. Mais donner une seconde vie, culturelle, sociétale, aux clochers qui ne résonnent plus à l’appel des croyants, est-ce vraiment s’attaquer au spirituel?