SOCIÉTÉ

Des maisons de détention à la place de nos méga-prisons

Des maisons de détention à la place de nos méga-prisons

La prison de Saint-Gilles Belga

A l’heure où nos prisons débordent de détenus, le concept des Maisons de détention fait surface. À mi-chemin entre de la détention et de la réinsertion, ces établissements existent dans d’autres pays… et pourquoi pas chez nous?

Des «maisons» rassemblant environ 10 détenus, accompagnés individuellement vers un projet de réinsertion, dans un bâtiment sécurisé mais inséré dans le tissu urbain et comprenant le cas échéant des infrastructures (salles et terrains de sport, parking, etc) qui peuvent aussi servir aux habitants des environs. C’est le concept des «maisons de détention», porté en Belgique par l’ASBL «Les Maisons» et la ligue flamande des droits de l’homme (Liga voor Mensenrechten), notamment.

De telles infrastructures existent à l’étranger. Chez nous, les porteurs du projet espèrent que les maisons de détention obtiendront une place dans le troisième Masterplan Prisons que le ministre de la Justice Koen Geens doit présenter cet été, a-t-on appris lundi de la bouche de Hans Claus, secrétaire de l’ASBL «Les Maisons» et directeur de la prison de Termonde.

Le projet a démarré dans le giron de la Liga voor Mensenrechten en 2011, sous l’intitulé «Exécution différenciée de la peine». Depuis, des étudiants et des professionnels du monde pénitentiaire et de la justice, mais aussi des architectes, se sont penchés sur la problématique des prisons et l’objectif sociétal de la détention.

203 euros par jour et par détenu

Des projets concrets de «maisons de détention» en sont sortis, avec plans, budget, personnel, et tous les détails nécessaires à leur réalisation, le tout rassemblé dans un livre («Les Maisons, vers une approche pénitentiaire durable») dont les auteurs espèrent qu’il inspirera les décideurs politiques.

Le constat de base est que le système carcéral belge, basé sur de grosses prisons centrées sur le principe de sécurité maximale, ne parvient pas à réaliser sa tâche première: préparer les détenus à un retour réussi dans la société.

«Il est inscrit dans la loi que l’on doit offrir un suivi individuel à chaque détenu, mais on ne l’applique actuellement pas», rappelle Hervé Louveaux, représentant de l’Association Syndicale des Magistrats, appelé à s’exprimer lors de la présentation du livre.

«Le projet politique semble avancer exactement dans le sens inverse de ce qui est prôné de plus en plus globalement dans la littérature scientifique», ajoute Marie-Sophie Devresse, professeur de criminologie à l’UCL, évoquant entre autres «l’importance de la porosité entre l’univers des personnes incarcérées et l’extérieur».

Si l’argent est bien souvent le nerf de la guerre, les maisons de détention ne reviendraient pas plus cher à l’État que les prisons actuelles, précise Hans Claus: «203 euros par jour et par détenu» pour un des projets détaillés, et un personnel équivalent.