Burundi: la contestation portée par les femmes

Burundi: la contestation portée par les femmes

Des femmes souriantes, mais déterminées, les mains levées pour repousser pacifiquement la police. AFP

Pour la toute première fois, l’opposition au président Nkurunziza s’est exprimée dans le centre de Bujumbura. Par la voix des femmes.

Elles ont réussi, ce dimanche, ce à quoi aucun groupe de manifestants n’était jusqu’ici arrivé: porter la contestation contre un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, officiellement candidat, dans le centre de la capitale du Burundi, Bujumbura, sanctuarisé par la police depuis le début du mouvement, le 26 avril.

Ce dimanche matin, devant le ministère de l’Intérieur, au lieu des jeunes armés de pierres, visages couverts de suie ou d’un tissu, qu’on croisait sur les barricades, ce sont des femmes, plutôt chic, de tous âges, appartenant à la classe moyenne de Bujumbura, qu’on a croisées.

«On est descendues par petits groupes» pour ne pas être repérées par la police, après un appel lancé sur une radio et une télévision privées, explique Amandine, jolie étudiante de 21 ans, descendue avec sa copine Aline.

«On veut la paix»

Rassemblées devant le ministère de l’Intérieur, fermé ce dimanche, elles chantent «On veut la paix, l’unité, la démocratie», en frappant dans leurs mains. Puis, plus nombreuses, elles tentent de rejoindre la place de l’Indépendance, au cœur de la ville, leur point de rendez-vous initial.

«Relâchez nos enfants», scandent-elles aux policiers. Les policiers mi-embarrassés, mi-amusés ont tout le mal du monde à empêcher le groupe de progresser.

Les femmes font alors demi-tour et reprennent leur marche. Des policières arrivées en renfort tentent, bras écartés, d’empêcher le cortège de se poursuivre, mais les manifestantes, désormais près de 300, souriantes et déterminées, repoussent les cordons de police.

«Aujourd’hui nous sommes ici pour soutenir nos frères qui manifestent contre les violations des lois fondamentales de ce pays», explique Élisabeth-Marie, désignée pour s’adresser à la foule. «Même un surhomme ne peut pas nous forcer à un troisième mandat», raille-t-elle en référence au fait que M. Nkurunziza, chrétien «born again», dit tenir son pouvoir de la volonté divine, déclenchant rires et applaudissements.

Après une nouvelle vaine tentative de contourner e cordon policier, les femmes se séparent joyeusement et calmement. «Dimanche prochain nous espérons être encore plus nombreuses», assure Nelly… «Ah non, la semaine prochaine, nous espérons que Nkurunziza aura renoncé!», rit-elle, fière comme les autres d’avoir réussi leur pari.

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