Après 25 ans, c'est fini les allocations d’insertion

Quel avenir pour ces jeunes qui ne trouvent pas d'emploi ? Les CPAS qui sont déjà engorgés ? ÉdA – 21296934787

Depuis le 1er janvier, les jeunes sans emploi qui ont plus de 25 ans ne pourront plus bénéficier d'une allocation d'insertion. Une mesure passée presque inaperçue qui risque de provoquer de gros dégâts. La raison ? Une diminution de l'âge d'accès aux allocations d'insertion.

C’est une nouvelle dont Marine se serait bien passée. Diplômée en marketing depuis septembre 2014, cette jeune femme de 25 ans vient d’apprendre que si elle ne trouve pas rapidement du boulot, elle ne touchera aucune allocation d’insertion à l’issue de son stage d’attente.

La raison  ? Un arrêté royal signé par le gouvernement fédéral le 30 décembre 2014 qui est entré en application le 1er janvier 2015. Vous savez celui qui parlait des prépensions et des exclus du chômage ? Eh bien dans ce dernier figurait aussi une modification qui risque de provoquer l’émoi chez les jeunes.

« Depuis 2012, nous avons connu de nombreux changements qui révolutionnent le quotidien des jeunes demandeurs d’emploi. Mais cet arrêté royal va provoquer un raz-de-marée »  confie Vincent Fanara pour les Jeunes FGTB de Liège qui entend dénoncer les faits.

De 30 ans à 25 ans

Concrètement ce que l’on appelait auparavant le stage d’attente qui durait neuf mois a été remplacé par un stage d’insertion professionnelle de 12 mois. Durant cette période, le jeune s’il a moins de 25 ans peut toucher les allocations familiales. A l’issue de son stage, le jeune qui n’a pas trouvé d’emploi peut bénéficier d’une allocation s’il remplit différentes conditions.

Et c’est ici que le bât blesse. Il faut d’une part que le jeune ait obtenu deux évaluations positives de l’ONEM (le jeune est contrôlé à deux reprises aux 7 e et 11 e mois)  mais aussi qu’il soit dorénavant âgé de - 25 ans (NDLR : avant l’arrêté, c’était 30 ans) lorsqu’il demande son allocation.

Il ne faut pas être plus malin qu'un singe pour comprendre avec un rapide calcul la nuance qui risque de provoquer des dégâts. Si votre fils a raté une année en secondaire, qu’il veut faire des études supérieures en 5 ans et peut être même partir à l’étranger une année....Il y a peu de chances pour qu’il obtienne des allocations s’il ne trouve pas d’emploi.

« Un jeune devra terminer ses études à 24 ans maximum pour pouvoir prétendre obtenir une allocation d’insertion vu que le stage est de 12 mois et que l'allocation ne sera obtenue que s'il a moins de 25 ans. »

En résumé, aucun droit à l’erreur dans ses études, ni accidents de parcours, ni voyage à l’étranger pour parfaire une langue. Les étudiants qui choisissent des études de type long ( 5 ans et plus) seront pénalisés. 

800 Liégeois concernés

« En Wallonie, 3160 jeunes sont concernés par cette mesure car ils sont en stage d'attente et ont plus de 25 ans.  Et rien que sur Liège, ils sont plus de 800 selon notre estimation.  C'est une mesure inacceptable, incompréhensible et surtout inefficace. Et bien évidemment elle s’applique déjà aux jeunes qui sont actuellement en stage d’insertion et qui ont dépassé l’âge de 25 ans. »

Si la FGTB demande l'abrogation de cette mesure, elle entend déjà informer les jeunes au plus vite. Mardi, ils étaient une trentaine comme Marine à être venus participer à une séance d'information. Et le moins que l'on puisse écrire, c'est que l'inquiétude se lit sur les visages de ces jeunes.

Marine, elle, enchaîne des petits boulots d'intérim pour subvenir à ses besoins: « Heureusement que je vis encore chez mes parents! »  

Mais ce n'est pas le cas de Florence. Diplômée en infographie, elle a raté un an car elle était enceinte. Aujourd'hui, son fils a 7 ans et elle ne trouve pas de travail. « C'est un peu la douche froide, je ne pensais pas que rater un an me pénaliserait aujourd'hui.Je cherche du boulot dans tous les secteurs mais je n'ai aucune réponse. »

Jérôme, 26 ans diplômé en astrophysique, s'estime chanceux, il a trouvé un job comme prof de math. Mais que se passera-t-il le 30 juin ? Trouvera-t-il un job en septembre ? J'ai raté deux fois, j'aurais pu changer d'orientation mais c'était ce métier que je voulais faire. Je me suis accroché. Et voilà le résultat: même si on fait ses études en étant persuadé que l'on trouvera un emploi, la réalité est différente. Fallait-il que je change d'études et hypothéquer mon avenir à cause d'une mesure prise à la va-vite ? »

« Quel est l’objectif de cette mesure ? Si ce n’est précariser une jeunesse déjà exclue du monde du travail et lui fermer la porte des espoirs qu’elle pouvait fonder sur l'obtention d'un diplôme ? C'est encore une discrimination car il y aura un clivage entre les familles pauvres et riches. Celles qui peuvent aider leurs enfants et les autres. Ces jeunes auront une alternative soit faire des études courtes soit choisir des études en fonction des demandes du marché. Et votre épanouissement personnel là-dedans ? »  conclut Vincent Fanara.


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