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Oriana Fallaci, le portrait d’une femme libre

Elle sera une des premières journalistes féminines du XXe siècle. Oriana Fallaci et ses interviews ont fait trembler les grands de ce monde.

«C’est son héritier qui m’a contactée pour me demander d’écrire la vie de sa tante.» Il n’a guère fallu de temps pour convaincre Cristina de Stefano d’écrire la vie d’Oriana Fallaci, la journaliste italienne morte en 2006. «J’ai toujours trouvé sa vie fascinante et complexe. J’ai eu beaucoup de chance qu’on me demande d’écrire cette biographie autorisée même si j’y ai mis mes conditions dont celle de ne pas subir de censure…»

Oriana Fallaci, c’est l’histoire d’une petite fille née dans une famille pauvre et socialiste au temps de l’Italie mussolinienne. Devenue une femme, elle va se faire une place de choix dans un monde à l’époque uniquement masculin, celui du journalisme. Originale, défiant les codes, elle va s’imposer, particulièrement à travers ses interviews, et rencontrer tous les grands de la seconde moitié du XXe siècle.

«Je raconte son histoire en partant de sa vie privée. J’ai eu accès à tous ses papiers personnels. Tout ce qui se trouvait à New York où elle vivait depuis longtemps.» Une vraie surprise pour Cristina de Stefano. «J’ai eu l’impression d’avoir accès à son intimité et de découvrir qu’à chaque moment important de sa vie privée correspondait une évolution de son image publique. Mais j’ai surtout découvert contrairement à l’image qu’elle a toujours donné que c’était une femme fragile et même romantique.»

Ce sont principalement ses grandes interviews qui vont faire la réputation internationale d’Oriana Fallaci. «Très tôt, elle a compris l’importance de l’anglais. Elle s’est intéressée à la façon dont fonctionnait la presse américaine. Elle avait un côté visionnaire. En même temps, elle n’avait peur de rien, ni de personne. Physiquement, elle était toute petite et toujours très élégante. Les grands de ce monde, quand ils la voyaient ne se méfiaient pas. Et là, elle menait ses interviews d’une façon très directe, parfois brutale, en insistant sur les contradictions…»

Oriana Fallaci sera aussi pratiquement la première journaliste au Vietnam. «Elle ne connaissait pas du tout la guerre mais a compris très tôt qu’il fallait aller là-bas, que c’était une guerre dans laquelle les États-Unis allaient vers un désastre militaire. Elle se mettra les Américains à dos en estimant que dans les faits, les ennemis finissent par se ressembler.»

En 1977, elle arrête son métier de journaliste mais reviendra à l’avant-plan après les attentats du 11 septembre 2001. Choquée, elle écrit deux essais où elle se montre très critique envers l’Islam, créant une vaste polémique. «On peut quand même reconnaître, a posteriori qu’elle a osé poser certaines questions. Et aussi pointé l’inaction européenne. Un vieux continent qui a perdu l’idée de la guerre et pense pouvoir, à tort, la délocaliser…»

Cristina de Stefano, «Oriana, une femme libre», Albin Michel, 328 p.