MÉDECINE

Expériences de mort imminente : pourquoi voit-on un tunnel de lumière ?

70% des témoins d’une expérience de mort imminente parlent d’une lumière claire, souvent au bout d’un tunnel. by-studio – Fotolia

Les expériences de mort imminente sont-elles farfelues? Pas pour le Professeur, Laureys, qui récolte des témoignages, et tente de fournir des réponses pour les symptômes ressentis. La science donne déjà quelques pistes.

Steven Laureys, neurologue et professeur à l’université et CHU de Liège est l’auteur du livre «Un si brillant cerveau – Les états limite de conscience», aux éditions Odile Jacob. «C’est important de prendre les histoires de mort imminente au sérieux. Même s’il y a beaucoup de livres et de documentaires, il y a trop peu d’études scientifiques. Nous avons recueilli plus de 300 témoignages, mais il nous en faut encore plus. On veut aller plus loin que dire “C’est magique”. Le scientifique qui est en moi veut comprendre.»

 

Trois doctorantes s’intéressent à ce phénomène. «C’est pour moi une réalité physiologique créée par le cerveau, pas nécessairement une preuve de la vie après la mort. Mais aucune piste n’est exclue d’avance: en tant que chercheur, on est là avec une ouverture d’esprit.»

Le spécialiste s’intéresse à la cause du coma. «Pour certains, c’est un manque d’oxygène qui expliquerait les phénomènes. Mais on a démontré que ce n’est pas correct car les traumas crâniens vont raconter les mêmes histoires que ceux qui ont eu un arrêt cardiaque.»

L’équipe de l’ULg travaille sur une hypothèse: toutes les expériences de mort imminente jouissent d’un substrat organique. «Certaines régions cérébrales subissent pendant un tel coma des modifications en cascade des neurotransmetteurs et il s’agit tout simplement de modifications du fonctionnement du cerveau. Nos recherches nous ont appris que l’activité cérébrale chutait à plus ou moins 40% en cas de coma après un arrêt cardiaque. Ce n’est qu’en cas de mort cérébrale que l’activité du cerveau est égale à 0%. La mort imminente ne signifie pas la mort.

Le coma science group a déjà pu détacher plusieurs éléments récurrents: 

1. Le bien-être

Ces témoignages sont nécessaires pour mieux comprendre: «C’est difficile de comprendre quand 90% des personnes parlent d’une sensation de bien-être: ils ne sentaient plus la douleur. Parfois même les mots manquent pour dire combien ils se sentaient bien», précise le Dr Laureys.

«L’absence de douleur et la sensation de bien-être généralisé sont peut-être liées à l’activité cérébrale dans le cortex cingulaire antérieur, alors que la sensation d’unité cosmique est possiblement liée aux zones pariétales postérieures.» dit-il.

2. La lumière

70% des témoins parlent d’une lumière claire, souvent au bout d’un tunnel. «J’étais en Inde l’année passée. Chez nous, on interprète la lumière comme située au bout d’un tunnel. Là, il s’agit plutôt d’une rivière. Dans le monde musulman, c’est une porte. Cette lumière est interprétée différemment selon la culture.

«Les patients qui ont fait une thrombose au niveau de certaines connexions situées à l’arrière de leur cerveau ont parfois aussi vu une lumière au centre d’un tunnel alors que tout autour était noir.»

3. Voir sa vie défiler

25% des personnes qui ont fait l’expérience ont vu leur vie défiler et ont ressenti la présence d’êtres chers disparus. «J’entends ce genre de récits aussi chez d’autres patients en consultation de neurologie», dit le médecin. «Des personnes qui ont fait des crises d’épilepsie complexes me racontent parfois qu’elles ont vu leur vie défiler pendant leur crise.»

«Le film de votre vie que vous voyez défiler pourrait être expliqué par une activité anormale dans la zone de l’hippocampe cérébral. Les épileptiques font eux aussi parfois ce genre d’expérience. Chez eux aussi, une activité anormale dans cette région cérébrale a pu être mise en évidence.»

4. La décorporation

Plus de 80% des personnes qui ont vécu une expérience de mort imminente ont eu la sensation d’être sortis de leur corps. Près de 10% de ceux qui font un arrêt cardiaque ont une expérience de mort imminente et affirment souvent avoir vécu des expériences de hors corps.

Il y a eu une étude importante, qui est terminée maintenant à propos de la décorporation. «Elle voulait tester si les patients qui quittent leur corps sont capables de dire ce qui se trouvait à des endroits cachés: près des plafonds, sur des armoires. Il y avait des objets, des photos… Là, aucun des patients n’a pu dire ce qui se trouvait à ces endroits. L’étude a été publiée, mais n’a pas permis de dire “Oui, vous pouvez avoir une perception en dehors de votre cerveau.”»

Le Dr Laureys apprécie cette approche: «Elle teste une hypothèse provocatrice, qui va à l’encontre de toutes nos lois en physique et en biologie. Mais c’est important d’avancer.» Par contre, cette étude n’a pas pu permettre d’obtenir le moindre témoignage vérifié de décorporation.

«Par contre, on sait qu’il y a une région dans le cerveau – le côté droit du cortex temporo-pariétal – qui quand on la stimule va provoquer ces expériences. Ça, c’est une piste intéressante», conclut le neurologue. «Grâce aux examens IRMf réalisés sur des volontaires sains, nous savons également que la zone temporo-pariétale gauche du cerveau s’active lorsque vous sentez la présence d’une autre personne à proximité.

L’équipe du Dr Steven Laureys, le «coma science group», recherche des personnes qui ont vécu des expériences de mort imminente pour recueillir leur témoignage à l’adresse coma@ulg.ac.be