Une intervention militaire en Syrie semble exclue malgré le succès en Libye

Une intervention militaire en Syrie semble exclue malgré le succès en Libye

AFP

Malgré les succès de l'Otan contre le régime Kadhafi, une intervention militaire occidentale est très improbable en Syrie. La situation du pays de Bachar al-Assad est fort différente de celle de la Libye.

Les Etats-Unis et leurs alliés européens ne veulent pas ouvrir un nouveau front à Damas, où l'opposition est encore très peu organisée et où le président Bachar al-Assad dispose de forces redoutables, à deux pas du sac de noeuds qu'est le conflit israélo-palestinien, non résolu depuis des décennies.

Depuis le printemps, le président français Nicolas Sarkozy a fait jouer un rôle moteur à la France dans les opérations en Libye. Et son ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a espéré cette semaine que l'issue du conflit libyen aurait "des conséquences considérables sur la Syrie". Mais Juppé a exclu une action armée contre le régime Assad.

"L'Otan ne peut et ne veut être policier mondial"

Tout comme notre ministre de la Défense, Pieter De Crem. "La différence (entre la Libye et la Syrie) c'est l'absence de mandat", a-t-il expliqué lundi. "L'Otan ne peut et ne veut jouer un rôle de policier mondial", a-t-il ajouté.

A Washington, la porte-parole du département d'Etat, Victoria Nuland, a aussi noté qu'une action étrangère n'avait pas la préférence des manifestants syriens: "Ils prennent la voie de Martin Luther King et de Gandhi".

Crainte d'une guerre civile

En Syrie, une intervention étrangère nécessiterait des moyens beaucoup plus lourds, aggravant d'autant le risque de faire des victimes civiles. Si les opposants syriens repoussent, pour la plupart, l'idée d'une intervention occidentale, c'est également par crainte qu'une militarisation de leur bras de fer avec le régime Assad ne déclenche une guerre civile entre les nombreux groupes ethniques et religieux du pays. C'est l'argument de l'opposant exilé aux Etats-Unis Radwan Ziadeh: "s'il y a une intervention militaire ou des livraisons d'armes, le nombre de tués va devenir beaucoup plus élevé".

En Libye, les alliés occidentaux pouvaient s'appuyer sur le soutien global du monde arabe. Sur ce plan aussi, tout est différent: "l'opinion publique arabe et les Etats arabes sont opposés à une intervention militaire en Syrie", affirme Shibley Telhami, de l'université du Maryland.

"Qui pourrait avoir les tripes?"

Reste la situation régionale, extrêmement instable. La Syrie, alliée étroite de l'Iran, bénéficie également d'une forte influence au Liban, où elle soutient le mouvement chiite Hezbollah. A travers le Hezbollah, elle profite enfin, dans tout le monde arabe, d'une image de pôle de résistance à Israël. Une intervention étrangère en Syrie risquerait de mettre en mouvement toutes ces forces, avec des conséquences potentiellement explosives pour toute la région.

Shibley Telhami, au total, peine à "imaginer qui pourrait avoir les tripes de répéter en Syrie l'intervention" qui a réussi en Libye. Avec un bémol: "tout pourrait changer", dit-il, "si se produisaient des massacres à grande échelle que personne ne pourrait arrêter".

Avec Belga et AFP