Invasives: bientôt un accord avec le secteur

Invasives: bientôt un accord avec le secteur

La berce du Caucase, star des invasives chez nous un individu peut donner 10.000 graines. Reporters

C'est une première belge : le secteur horticole est sur le point d'accepter de retirer du marché certaines plantes ornementales invasives.

Les parcs et les jardins sont souvent le point de départ de leur prolifération. Si les plantes invasives font grogner une partie des défenseurs de la biodiversité, elles n'en représentent pas moins un intérêt certain pour la filière horticole.

Pour la première fois, une campagne de sensibilisation et d'information est en cours à destination des acteurs professionnels du secteur. Le projet, baptisé AlterIAS (alternative aux plantes invasives), est financé à la fois par la Communauté européenne et par les trois Régions.

Mathieu Halford est ingénieur industriel en agronomie. Il travaille à l'unité de Biodiversité et Paysage de l'Université de Liège (Gembloux Agro-Bio Tech). C'est lui qui coordonne ce projet.

Mathieu Halford, pourquoi s'intéresse-t-on aux plantes invasives aujourd'hui alors qu'elles sont là depuis parfois des siècles?

En réalité, en Belgique, on s'y intéresse quand même depuis les années 90. Les programmes de recherche ont avancé. Depuis les années 2000, on étudie leur impact, la gestion des espèces en milieu naturel. Ensuite, on s'est aperçu qu'elles étaient parfois introduites par le secteur horticole comme plantes ornementales.

La filière horticole connaît forcément ces espèces...Une liste noire des plantes invasives a été établie par des experts. Mais en dehors du milieu scientifique, cela reste assez méconnu des producteurs, des gestionnaires d'espaces verts, des architectes paysagistes, etc. Et aussi des jardiniers amateurs.

Quel est l'objectif du projet?D'octobre 2010 à février 2011, nous avons organisé une large consultation des professionnels de l'horticulture pour voir comment établir des codes de conduite en la matière.

C'est-à-dire?Il s'agit de limiter la dispersion des plantes les plus problématiques. C'est notamment un engagement volontaire à ne plus utiliser toute une série d'espèces.

La filière est-elle preneuse?Oui. Il y a une vraie conscience du problème. On a vu les principales associations et fédérations professionnelles du pays pour présenter le projet et s'assurer de leur soutien. Elles sont d'accord : il faut faire quelque chose. Mais les plantes ornementales invasives sont très utilisées. On peut en retirer du commerce. Mais pas toutes.

Lesquelles?L'accord ne sera finalisé qu'en juin. Il est donc prématuré d'aller dans le détail. Mais le consensus porterait sur 28 espèces en tout : 20 de la liste noire et 8 de la liste de surveillance, soit 50 % de la liste des plantes invasives en Belgique. C'est basé sur l'autorégulation, l'information et la sensibilisation. Chacun serait libre d'y souscrire.

Avec quelles conséquences pour les professionnels?On a réalisé une enquête socio-économique. On a demandé aux horticulteurs quelles espèces importantes étaient vendues en Belgique et quelle part elles occupaient dans leur chiffre d'affaires (selon le rapport, 44 % des horticulteurs estiment que les plantes invasives représentent moins de 5 % de leur chiffre d'affaire, NDLR).

Quelles sont les invasives les plus répandues dans le commerce horticole?Par exemple, le robinier faux acacia ou le buttleia (arbre à papillons), qui ne sont pas sur la liste noire mais sur la liste de surveillance. Autrement dit, leur impact sur l'environnement est modéré. Ces plantes sont très appréciées dans les jardins. Mais elles sont invasives. Une liste de plantes alternatives est en cours de préparation.


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