MODE

Et Mary libéra la femme avec la mini-jupe

La mini-jupe et ses premiers scandales. Reporters (archives)

Joliment scandaleuse, la minijupe a amorcé la libération de la femme. C'était il y a cinquante ans.

En 1962, Françoise Hardy chante Tous les garçons et les filles et Claude François se trémousse sur Belles, belles, belles . Outre-Manche, les Beatles fredonnent Love me do à la radio. La jeune styliste anglaise Mary Quant les écoute peut-être lorsqu'elle décide de raccourcir les jupes de sa grand-mère bien au-dessus de ce genou qu'il était jusque-là formellement interdit de montrer.

Ce coup de ciseau libérateur devait permettre aux femmes de courir plus facilement pour attraper le bus... Il fera bien plus que cela. La minijupe, petit morceau de tissu vendu pour trois fois rien, qui dévoile joliment les gambettes des jeunes Anglaises fait souffler depuis Carnaby Street, quartier branché londonien, un vent de modernité et de légèreté sur l'Europe et les États-Unis.

Marie-Christine Gambart, auteur de Minijupe, tout court!, un excellent documentaire qui explore lundi sur la Une (22h) les coulisses de ce séisme vestimentaire, explique : «Les femmes avaient un réel besoin de liberté. L'avènement de la minijupe est arrivé juste avant l'émancipation des femmes. Comme si cette révolution devait passer par une liberté vestimentaire avant de poser de réelles revendications. Il y avait un vrai désir d'offrir une possibilité de se mouvoir, de bouger, d'être beaucoup plus libre ».

Virée pour avoir montré ses genoux à l'antenne Paris est à la traîne. Il faudra attendre 1965 pour qu'André Courrèges crée le buzz avec sa petite robe trapèze avec les ailes sur le côté. De part et d'autre de la Manche, la mini - - jupe ou robe - fait scandale. En 1964, la speakerine Noëlle Noblecourt est virée de l'ORTF pour avoir osé montrer ses genoux à l'antenne. Les conservateurs et les pères de famille s'insurgent contre cette jupe qualifiée de «ras la touffe, la moule ou le bonbon». Les autorités multiplient les discours dissuasifs : à s'exhiber ainsi, les jeunes femmes risquent d'aiguiser certains appétits... À leurs risques et périls. Il n'y a pas que les censeurs qui s'expriment. Mademoiselle Chanel s'offusque : «Pour montrer ses genoux, il faut qu'ils soient beaux. La plupart du temps, ils sont affreux. »

Qu'importe! Le mouvement est en marche. Les femmes descendent dans la rue pour revendiquer haut et fort le droit de montrer leurs jambes, de s'habiller comme elles veulent. Avec une certaine innocence. Les regards amusés et insistants des hommes ne pèsent pas encore trop lourds. La minijupe ne cessera pourtant jamais d'alimenter les fantasmes masculins.

Au début des années 60, la minijupe se porte sagement avec des souliers plats type ballerines. Puis elle s'affiche avec des bottes en chevreau blanc avant de s'encanailler au contact de cuissardes façon Brigitte Bardot chevauchant une Harley Davidson. Une jeune Anglaise symbolise la mode des années 60. Twiggy («brindille»), 17 printemps et 40 kg, coupe à la garçonne, fait exploser les codes de la beauté féminine (photo ci-contre). Sa silhouette androgyne s'affiche à la une des magazines.

Les paradoxes de la minijupe

Pour porter beau et haut la minijupe, il faut donc être mince. Ce n'est pas un hasard si le régime Weight Watchers a été mis au point peu après l'apparition de la minijupe. La femme moderne doit maîtriser ses pulsions, ses appétits. Ce morceau de tissu qui libère la femme lui impose de nouvelles contraintes. «La minijupe est un vêtement plein de paradoxes. Elle a participé à l'émancipation des femmes mais c'était et c'est resté un objet de fantasme masculin. D'un côté, on s'émancipe, de l'autre on n'a jamais été autant sujet aux regards et aux fantasmes des hommes avec tout ce que ça implique comme contrainte. Il faut faire attention à la gestuelle, où on la porte, avec qui... Autre paradoxe, les femmes s'émancipent par la minijupe mais toutes ne peuvent pas la porter pour des raisons morphologiques». Aujourd'hui, les choses ont changé. Beaucoup de femmes s'affranchissent du regard des autres. Bien faites ou pas, elles portent une minijupe si elles en ont envie.

Et le regard que les hommes jettent sur ce que dévoile ce carré de tissu, il a changé? «Aujourd'hui, on ne peut pas dire qu'on porte la minijupe de façon innocente. J'ai interrogé beaucoup d'hommes pendant le tournage, je constate qu'ils n'ont pas beaucoup bougé. Dans les années 60, certains hommes étaient désireux d'accompagner ce mouvement. Pour eux, ça a été aussi une formidable liberté même s'ils s'en sont aussi beaucoup amusés. Aujourd'hui, c'est un peu différent. On est dans une société plus régressive qu'elle ne l'était à l'époque avec une connotation plus sexualisée. C'est peut-être aussi lié à la démocratisation de ce vêtement qui au débutétait uniquement porté par des jeunes filles.»