Un roman de Ian McEwan, c'est toujours un événement. «Solaire», qui paraît en français, est une comédie féroce. Au coeur de l'âme humaine.

Depuis L'enfant volé (prix Fémina en 1993), chaque roman de l'écrivain anglais Ian McEwan est attendu avec impatience par les lecteurs. D'autant que plusieurs d'entre eux ont été adaptés au cinéma, dont récemment Expiation sous le titre de Reviens-moi avec Keira Knightley. Et son dernier roman plaira même s'il a reçu un mauvais accueil de la (seule) critique américaine. Une affaire de compréhension de l'humour anglais estime d'ailleurs, pince-sans-rire, Ian McEwan... Car, de l'humour, ce n'est pas ce qui manque dans Solaire . Un roman qui s'inspire du réchauffement climatique pour emmener les lecteurs dans les méandres d'une certaine lâcheté humaine.

Au coeur de cette histoire, un homme Michael Beard. Lorsque l'histoire débute, en 2000, il est âgé d'une bonne cinquantaine d'années. «Il appartenait à cette classe d'hommes - peu avenants, souvent chauves, petits et gros, intelligents - que certaines belles femmes trouvaient inexplicablement séduisants. Du moins le croyait-il, ce qui semblait suffire à en faire une réalité.» Mais si les femmes l'aiment, elles le quittent également facilement. Sa cinquième épouse vient d'ailleurs de prendre un amant. Il faut avouer que Michael, de son côté, ne s'est guère privé. Et qu'il est surtout auréolé d'un prix Nobel de physique qui lui vaut de voir son nom associé à celui du grand Einstein. Depuis, il faut bien dire les choses comme elles sont, c'est surtout des rentes de ce prix qu'a vécu Michael Beard. Entre chaires d'université honorifiques et conférences payées au prix fort, il connaît une petite existence très (trop) humaine. Il boit trop, mange trop, ne sait résister ni à une jolie femme, ni à un paquet de chips. Se promet toujours d'arrêter... demain!

Un jour pourtant, il décide de relancer sa carrière en sauvant la planète. Et surtout en s'appropriant les travaux d'un jeune chercheur accidentellement décédé.

Drôle et féroce, Ian McEwan nous dépeint à travers une excellente histoire, truffée de scènes d'anthologie, un Michael Beard tellement humain qu'on finit par avoir pitié de lui, l'envie de lui crier casse-cou... De main de maître l'auteur anglais met le doigt sur nos grandes contradictions. L'homme sait que ses comportements nuisent à la société mais se révèle finalement incapable d'en changer. Et tel Michael Beard n'en éprouve aucun regret! M.F.G.

Ian McEwan, «Solaire», traduit par France Camus-Pichon, Gallimard, 389 p., 21,50 ¤.

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