ASSISES

Kitty : la parole aux maîtres

Noureddine Cheikhni avoue un hold-up commis la nuit du 7 au 8 novembre 2007 à Roux, et reconnaît aussi le recel de la Volvo des tueurs de Lot.

À tout seigneur, tout honneur. C'est Me Marc Uyttendaele qui a ouvert le marathon des plaidoiries de la défense, pour les intérêts de Noureddine Cheikhni. La passe d'armes avec le procureur général et tous les autres avocats ne prendra fin que mardi soir.

Et, mercredi matin, les jurés partiront en délibération dans un hôtel confortable, à Uccle. Ils risquent d'y passer quelques jours et peut-être quelques nuits pour répondre à près de 300 questions! Mais nous n'en sommes pas encore là.

Pour le premier accusé, il n'y avait pas trop de mystère quant à l'identité du principal ferrailleur de la défense. C'est Me Laurent Kennes, l'associé de Me Uyttendaele, qui épluche le dossier depuis 3 ans. Ce dernier s'est donc contenté d'un tour de chauffe, hier matin, pour une supplique, pour que «la présomption de culpabilité s'effondre devant la présomption d'innocence ».

«Je ne peux pas prouver que Cheikhni n'était pas à Lot, la nuit du 3 au 4 décembre 2007. Mais tel n'est pas le débat. L'enjeu, c'est de savoir s'il n'y a pas l'ombre d'un doute raisonnable », a martelé Me Uyttendaele.

Le doute s'insinue

Manifestement, le réquisitoire du procureur général, prononcé mercredi, n'a pas laissé la défense indifférente. Car, dans la foulée de l'avocat constitutionnaliste, Me Laurent Kennes a demandé à la cour de poser au jury la question du recel éventuel de la Volvo abandonnée à Lot par les tueurs et qui contenait les ADN des trois accusés, Cheikhni, Kurum et Iasir.

Rappelons-nous. Le magistrat avait souligné mercredi que les trois malfrats de Charleroi avaient choisi une mauvaise stratégie en contestant avoir entendu parler de cette Volvo. M. Dauchot avait ajouté que, s'ils avouaient être montés dedans, il serait plus difficile de les confondre pour le meurtre de la jeune policière, perpétré à Lot, la nuit du 3 au 4 décembre 2007.

Sachant que Cheikhni a reconnu timidement qu'il devait forcément s'être assis un jour dans le bolide mais qu'il ne savait plus ni où ni quand, Me Kennes s'est enfoncé dans la brèche pour avouer le recel et contester d'autant plus farouchement les crimes de Lot.

Le plus dur, ce matin

Plus encore, le plaideur s'est demandé pourquoi une grande figure du banditisme à Charleroi, dont l'ADN a également été prélevé dans le véhicule hautement suspect, n'est pas dans le box des accusés. Le doute s'insinue, estime-t-il. Car, si Cheikhni est bien parti au Maroc deux jours après le drame, ce n'était pas pour fuir. Il croit pouvoir démontrer que ce voyage était programmé dès la fin du mois de novembre 2007, déjà. Le premier accusé aurait précipité son départ parce qu'il aurait appris qu'au pays, son père gravement malade voulait régler sa succession d'urgence. Or, ce père est effectivement décédé peu après...

Ce matin, Me Olivier Martins entame le plus dur sur les bancs de la défense : tenter de mettre en exergue un doute existentiel quant à la culpabilité de Galip Kurum, le tueur à la Kalachnikov, selon l'accusation.