Alain de Halleux: "Ça va péter chez nous"

Alain de Halleux: "Ça va péter chez nous"

Don son film, Alain de Halleux montre ce qui se passe derrière l'image lisse des centrales nucléaires. D.R.

Alain de Halleux a réalisé «Nucléaire : rien à signaler». Il y dénonce les conditions de travail des personnes qui bossent dans le monde de l'atome.

Alain de Halleux est chimiste nucléaire de formation. Il y a deux ans, il a réalisé un film consacré aux centrales nucléaires (dont un extrait a été diffusé hier soir sur la Une) et, surtout, aux gens qui y travaillent. Son constat est clair...

«Ça va péter chez nous aussi. Honnêtement, je pensais que ça arriverait bientôt en France. Pourquoi? Parce que la pression sur les travailleurs du monde de l'atome est énorme. C'est pour cela que je suis bouleversé par ce qui se passe au Japon. Je connais les travailleurs, je sais ce qu'ils vivent.» Selon l'expert, l'État des troupes est lamentable. Et les syndicats, qui ont participé à l'élaboration du système, ne défendent pas leurs gens qui n'ont dès lors aucune possibilité de s'exprimer. «Mais quand on parle avec eux ils disent tous la même chose. Croyez-moi, des drames comme celui du Japon ça arrivera encore».

«On nous montre toujours la même chose : une belle piscine »

Dans «Nucléaire, rien à signaler», le réalisateur stigmatise l'image lisse que les exploitants de centrales tentent de donner à l'industrie nucléaire alors que, derrière les murs en béton, c'est une tout autre réalité. Comme, par exemple, cet ouvrier, spécialiste en décontamination qui fut renvoyé parce qu'il tentait d'alerter la direction sur la présence dans l'air de particules très dangereuses pour la santé.

«J'ai tenté d'entrer dans les centrales. Mais c'est impossible. On nous montre toujours la même chose : une belle piscine avec de l'eau bleue, la salle de contrôle avec trois personnes derrière des boutons. et puis, vous avez remarqué : les centrales sont toujours construites à côté de lieux idylliques, comme des vignobles ou des réserves naturelles.» Alain de Halleux tente également de montrer comment les hommes jouent aux apprentis sorciers.

«Au Japon, pour l'instant, ils sont totalement dans l'incertitude. Le nucléaire, c'est ça : l'incertitude. Pas étonnant quand on sait qu'on est dans le monde quantique qui est précisément régi par cette incertitude. Ce que j'ai voulu montrer avec ce film, c'est qu'un monde dirigé par la science est voué à l'échec. Il faut leur dire d'arrêter les centrales nucléaires. Il faut changer de système.»

«Si ça arrive chez nous, qui ira?»

Selon lui, son film n'est pas un plaidoyer contre le nucléaire. «Mais il faut bien se rendre compte qu'un accident nucléaire, c'est irréversible. Le moindre accident important en Europe, c'est une crise économique grave qui suit. Le monde est tellement fragilisé actuellement qu'il suffirait de cela pour que tout s'écroule. C'est pour cela que j'ai voulu, au travers de mon film, donner un visage à tous ces travailleurs».

Des travailleurs qu'on envoie au casse-pipe. «À Tchernobyl, il a fallu 800000 personnes pour liquider la centrale. En Ukraine, on avait désigné des volontaires. Aujourd'hui, on sait quelles conséquences ces «volontaires» ont subi en termes de santé. Mais si ça arrive chez nous, qui ira?». Une bonne question effectivement.

Extrait de Nucléaire: rien à signaler: