RECIT

Sylvie Ohayon, des HLM aux quartiers chics

Sylvie Ohayon s'est fait un nom dans les milieux parisiens de la pub. Curieux destin que celui de cette petite fille juive et kabyle élevée dans une cité de banlieue.

Regardez-moi dans les yeux, j'ai dit les yeux! Tout le monde se souvient de cette fameuse pub pour les «Wonderbra»! La traduction en français du slogan anglais, c'est à Sylvie Ohayon qu'on la doit. Un nom qui compte dans les milieux parisiens de la pub. D'autant qu'elle a épousé en secondes noces Elie Ohayon, autre créatif important...

Dans un récit au titre assez obscur, Papa was not a Rolling Stone, Sylvie Ohayon raconte son enfance malheureuse, entre un beau-père qui la bat, une mère qui se tait et heureusement une grand-mère qui sera et restera son plus grand soutien. «J'ai écrit ce livre pour ne pas me jeter par la fenêtre, explique Sylvie Ohayon, petite, je m'étais jurée de tout contrôler. J'ai travaillé pour cela. J'ai étudié, été à la fac et j'ai pu faire le job que je voulais. Je voulais vivre une autre vie. Mon travail et mon mariage m'ont permis de côtoyer un autre monde...» Mais quand Sylvie Ohayon se rend compte que son mari la trompe, c'est l'anéantissement! D'autant qu'il arrive à obtenir la garde alternée de leurs deux enfants! «Ce jour-là, j'étais anéantie. Je suis tombée malade. J'ai cru mourir. Alors j'ai écrit ce livre comme un testament pour mes enfants. Qu'ils connaissent mon histoire.» Une histoire qui débute lorsque sa mère Micheline découvre qu'elle attend un enfant d'une rencontre furtive, un soir de Noël. Inconcevable dans cette famille juive d'origine tunisienne. Pourtant la jeune Sylvie ne souffrira jamais d'un manque d'amour de la part de son grand-père ou de sa grand-mère, Margot, personnage central de son enfance. «Elle est tellement gentille, elle enrichit les gens. Et toujours les deux pieds sur terre. Un jour où j'hésitais à demander une augmentation, elle m'a dit "tu sais Sylvie, ce n'est pas du théâtre que tu fais. Tu les enrichis tes employeurs!"» Une grand-mère qui pourtant ne fera rien pour la protéger d'un beau-père violent. «Elle est issue d'une culture orientale où le mari se substitue au père. En épousant ma mère, mon beau-père devenait le maître à bord. Mais je n'ai jamais pu l'appeler papa. Et ça le rendait encore plus violent...» Tentative de suicide, anorexie mais aussi rencontres avec des «anges gardiens» qui lui redonneront la pulsion de vie, Sylvie Ohayon est sans aucun doute un bel exemple de résilience.

Et son histoire c'est aussi celle d'une grande cité à une époque où «il n'y avait pas de problèmes d'antisémitisme à La Courneuve» . Une occasion de faire quelques rencontres aussi dont celle de Kamel Ouali, qu'elle côtoie au cours de danse ou encore Gérard Lenormand, cause indirecte du suicide d'une de ses tantes... «À part l'épisode Jean-Jacques Goldman, que j'ai inventé mais qui m'apparaissait tellement réel, petite, tout est vrai dans ce récit.» Une certaine façon aussi d'affirmer qu'on peut toujours s'en sortir. Même au plus bas! Sylvie Ohayon, «Papa was not a Rolling Stone», Robert Laffont, 312 p., 19 ¤.