Le commissaire général de la police fédérale Fernand Koekelberg a dépensé près de 100000 ¤ pour un voyage professionnel au Qatar. Dépense injustifiée?

Grosse tempête hier, à la tête de la police fédérale. En cause? Un voyage au Qatar effectué par le commissaire général de la police fédérale, Fernand Koekelberg. Ce dernier allait défendre sa candidature à la vice-présidence du Comité exécutif d'Interpol. Dans ses bagages, il a emmené plusieurs collaborateurs, chargés de faire du lobbying. Ils ont notamment mis sur pied une réception pour plusieurs centaines de personnes. Dont coût : une facture de 92000 ¤. Ce qui n'a pas manqué d'étonner le député N-VA Ben Weyts, surtout au regard d'une récente circulaire signée par Fernand Koekelberg, dans laquelle il attire l'attention de son personnel sur les difficultés budgétaires et demande dès lors une prudence en matière financière pour les déplacements à l'étranger. «Ceux-ci seront limités aux cas vraiment nécessaires et effectués uniquement par les personnes indispensables à la mission», dit la circulaire. Du coup, M. Weyts a exigé la démission de Fernand Koekelberg. Une demande relayée par la Liste De D.

Des raisons politiques

Du côté syndical, les réactions divergent. Pour le Syndicat National du personnel de Police et de Sécurité (SNPS), Philip Van Hamme a estimé que l'émoi suscité était exagéré. Selon lui, l'appel à la démission est motivé par des raisons politiques, Fernand Koekelberg étant étiqueté PS. Et puis, selon le syndicaliste, les autres candidats au poste d'Interpol auraient dépensé encore plus d'argent. «M. Koekelberg ne l'a pas fait, car cela aurait coûté beaucoup plus. Et s'il avait obtenu le poste, il aurait sans doute reçu des félicitations», a estimé M. Van Hamme.

Autre syndicat, autre vision. Pour le SLFP-Police, les frais occasionnés sont «évidemment inacceptables pour le policier de la rue. (Ceux-ci) se voient continuellement imposer des efforts en matière d'économie jusque dans leur fonctionnement normal au service de la population, d'autres se voient l'objet de lourdes récupérations de l'indu alors que c'est l'administration qui s'est trompée... Comment pourraient-ils comprendre, et encore plus admettre un tel montant dépensé à des fins de représentation? C'est impossible.» Le syndicat dénonce aussi la célérité du traitement du cas de M. Koekelberg par le Comité P, qui a conclu à l'absence d'irrégularités. «Il faut interroger les policiers de terrain qui ont eu à vivre une telle expérience, pour savoir comment ils furent traités par le Comité P, qui généralement travaille beaucoup plus lentement lorsqu'il s'agit d'un policier de la rue.» Le SLFP-Police accorde toutefois des circonstances atténuantes à M. Koekelberg, notamment l'accord du pouvoir politique, mais aussi de l'inspecteur des finances «pour ce voyage que l'on juge maintenant si dispendieux.» Enfin, la CSC a apporté son soutien au commissaire une nouvelle fois dans la tourmente. Jan Adam estime que les responsables politiques devraient surtout regarder dans leur propre jardin. «Beaucoup étaient au courant de ce voyage et les responsables politiques voyagent aussi souvent de cette manière», fait-il remarquer.

Fernand Koekelberg n'a pas réagi. Il est actuellement en congé de maladie pour quinze jours.M.U. (avec Belga)