Actions dispersées pour grève nationale

TTLAgency

La grève nationale prévue ce vendredi devrait être suivie en ordre dispersé selon les secteurs et les régions. La CSC, elle, reste en retrait.

C'est un peu en ordre dispersé que la journée de grève nationale de ce vendredi s'organise. Certaines centrales syndicales préfèrent d'ailleurs parler de «journée d'actions» plutôt que de véritable grève. La situation est d'autant plus difficile à saisir que la protestation de vendredi contre l'accord interprofessionnel (AIP) n'est pas menée en front commun syndical : la CSC, qui a approuvé du bout des lèvres l'AIP, ne s'est en effet pas jointe au mot d'ordre de la FGTB et de la CGSLP (syndicat libéral).

Ce qui n'empêchera sans doute pas certains de ses affilés de se joindre aux grévistes. La CNE, une des principales composantes du syndicat chrétien, ainsi qu'une part importante de ses affiliés s'opposent en effet à l'accord goupillé avec le patronat en janvier et confirmé, après amendements, par le gouvernement le mois dernier.

Cette opposition en ordre dispersé risque donc de provoquer des perturbations du même acabit. Les vélléités d'actions pour ce vendredi sont en effet très disparates selon les zones géographiques, les centrales syndicales et les secteurs d'activités. «Et tout peut encore fortement évoluer dans les prochaines heures», indiquait-on hier à la FGTB.

Tandis que du côté de la CSC, on la jouait un peu à la mode schizophrénique : «Nous n'avons pas lancé d'appel à la grève ni à des actions, indique-t-on au secrétariat national. Mais les gens qui seront empêchés de travail seront considérés comme victimes syndicales et auront donc droit à une indemnité de grève.»

Les raisons multiples de la grogne C'est donc l'AIP qui cristallise la grogne sociale qui se matérialisera dans les actions de ce vendredi. Rejeté par la base des syndicats socialistes et libéraux, contesté par une bonne partie de celle de la CSC, il a été imposé par le gouvernement qui a dû trancher. Et ce n'est pas le toilettage qu'il a apporté au document établi par patrons et syndicats qui a apaisé la grogne. Notamment parce que la hausse maximale des salaires de 0,3 % est jugée insuffisante.

Autre critique : le compromis gouvernemental pour rapprocher statuts ouvrier et employé. Pour ce faire, on allonge le délai de préavis du premier mais on réduit celui du second...

Un instant sur la sellette, même la sauvegarde de l'index n'a pas calmé les esprits. Les grévistes se mobilisent en effet aussi contre les coups de boutoirs assénés récemment par l'Allemagne et la banque centrale européenne qui prônent la fin du système d'indexation automatique des salaires.

Plus globalement c'est aussi la pression sur le pouvoir d'achat encore accentuée ces derniers jours par la hausse des produits pétroliers ainsi que l'inertie de toute réforme sociale par la faute d'une crise politique interminable qui fleuriront sur les calicots et alimenteront les conversations dans les piquets de grève ce demain.

TRANSPORTS | Une mobilité erratique

Aucun mot d’ordre à Bruxelles Airport. «Mais on ne peut exclure des actions dans les entreprises, compagnies ou services au sol», prévient Olivier Van Camp, délégué Setca. Perturbations possibles donc. Comme à Charleroi Airport où des manifestants distribueront des tracts aux passagers. «Pas de blocage mais on ne peut exclure des départs décalés, surtout si le personnel rejoint notre action », note Daniel Piron, de la FGTB Charleroi.

Même topo au niveau des trains : ça devrait rouler puisque la CGSP-cheminots n’a pas relayé l’appel. Des perturbations périphériques restent possibles avec des arrêts de travail sporadiques (c’est déjà prévu à Charleroi) ou des actions extérieures à la SNCB. Du côté des bus, rien ne roulera dans le Hainaut et à Liège. Ailleurs, transports en bus et métro seront perturbés. Le ramassage scolaire devrait par contre être assuré.

COMMERCE | Magasins fermés

Ce ne sera pas une fermeture générale. Mais entre les magasins où les affiliés aux syndicats socialiste et libéral débrayeront et ceux où ce sont des piquets de grèves qui empêcheront l’accès, les courses du vendredi risquent d’être plutôt perturbées…

D’autant plus que, comme c’est déjà prévu à Nivelles, les grévistes organiseront des barrages filtrants pour empêcher l’approvisionnement des grandes surfaces. À Charleroi, ce sont les sites Ville 2 et City Nord qui seront fermés par les piquets. «Globalement, le secteur de la grande distribution sera fortement perturbé dans les régions de Liège, du Centre, de Charleroi et de Nivelles », indique Céline Boogaerts pour le Setca. Le blocage de la plupart des zonings n’épargnera évidemment pas de nombreux commerces également.

PUBLIC | Bpost ok, l'école aussi

Sauf quelques exceptions, le courrier devrait être dans les boîtes et les profs dans les classes. Dans la mesure où l’AIP ne concerne pas le secteur public, aucun mot d’ordre à la grève n’a été donné. «Mais si certains veulent participer, nous couvrirons », dit Pascal Chardome. Le président de la CGSP enseignement préfère toutefois que ses troupes se ménagent pour l’arrêt de travail du 17 mars prévu pour protester sur le nouveau mode d’aménagement des fins de carrière prévu par la Communauté française. Au niveau des administrations communales, CPAS, intercommunales, Forem, hôpitaux, etc., la situation sera variable d’une région à l’autre. Mons prévoit ainsi 3 sites hospitaliers à l’arrêt et à Charleroi Gazelco et administrations suivront le mouvement de grève. Ailleurs, piquets de grève et actions partielles perturberont les services.

ENTREPRISE | Fermées ou bloquées

C’est évidemment le secteur le plus concerné par l’AIP et c’est donc celui qui sera le plus perturbé. La grande majorité des entreprises seront donc totalement à l’arrêt pour une durée de 24 heures. Celles qui ne suivront pas le mouvement seront perturbées par des piquets de grèves et des blocages de voiries. Il est ainsi prévu que la plupart des zonings industriels soient placés sous haute surveillance des grévistes. C’est probablement dans les bassins sidérurgiques liégeois et carolo que les actions prendront le plus d’ampleur.

Le secteur bancaire, lui, devrait fonctionner quasi normalement. Des actions de sensibilisations, quelques perturbations voir des piquets installés par des grévistes extérieurs ne sont toutefois pas à exclure devant certaines agences.