On peut soigner un TOC plus vite et pour moins cher. La thérapie s'appelle le désengagement attentionnel.

À l'UCL, Alexandre Heeren, chercheur FNRS soigne les troubles émotionnelsdevant un ordinateur. Les volontaires qui participent à l'expérience visionnent des images et poussent sur des touches de l'ordinateur. Au bout de quatre semaines de ce réentraînement attentionnel, les résultats sont quasiment aussi bons qu'après 6 mois de thérapie comportementale et cognitive, ou 6 mois de thérapie de groupe... et bien meilleurs qu'avec un traitement médicamenteux! Cette thérapie, moins lourde et moins coûteuse, représente une piste importante pour l'avenir. À la fois chez nous et dans des pays plus pauvres, où les guerres ont traumatisé des milliers de personnes.

La faute à l'amygdale Pour comprendre la thérapie de désengagement attentionnel, il faut savoir comment fonctionne notre instinct de survie. Quand on rentre dans une pièce, on repère immédiatement le danger : cela peut être une araignée, un visage hostile (de colère ou dégoût). Cette capture automatique de l'attention s'appelle le biais attentionnel. L'origine se trouve dans nos gènes, mais aussi dans nos conditionnements. Par exemple, si on est mordu une fois par un chien, on développe une certaine méfiance par rapport à l'animal.

Chez les personnes qui souffrent de troubles, le biais attentionnel est plus marqué. L'attention reste comme coincée. Et c'est au niveau de l'amygdale que ça se passe : cette glande, spécialisée dans la détection de stimuli aversif, est aussi la base des réactions associées à ces stimuli.

Une vraie étude scientifique Cette thérapie vient des États-Unis. En 2008, Nader Amir crée un réentraînement pour les anxieux sociaux. Il place les patients devant un ordinateur. Pendant 500 millisecondes, ils voient deux visages : l'un neutre, l'autre hostile. Puis une flèche blanche apparaît sur l'écran : si elle se trouve à droite, il faut pousser sur une touche du clavier, si c'est à gauche, c'est sur une autre touche. Les patients, évalués par un jury, apparaissaient moins anxieux par rapport au stimulus à la fin de l'entraînement.

C'est cette même méthode que teste Alexandre Heeren à l'UCL. De façon objective, en prenant des mesures quantifiables : les pulsations cardiaques, la conductance électrocutanée (grâce à des capteurs sur les mains et les bras). Cela permet de mesurer le fonctionnement de l'amygdale. «On applique le programme pendant 4 jours, puis on l'interrompt pendant deux semaines, pour voir si les résultats se maintiennent.» Les patients s'estiment beaucoup moins anxieux et montrent moins d'activations physiologiques, comme la gorge sèche, les mains moites, le coeur qui bat vite... Et dans les tests, 8 mois après le traitement, on constate parfois un effet boule-de-neige : «Un patient, plus à l'aise dans ses relations sociales, a commencé à sortir davantage. Il a rencontré une nouvelle compagne et trouvé un nouveau boulot», raconte Alexandre Heeren.

Et la psychanalyse?

Dans le milieu des psychologues belges, Alexandre Heeren essaie d'expliquer et rassurer au maximum au sujet de ses découvertes. Premier psychologue à introduire cette méthode en Europe, il est conscient d'être à l'origine d'une révolution thérapeutique. «Ça marche très bien en Asie et aux États-Unis. Ici, les thérapeutes trouvent cette façon de faire bizarre. En France, où la psychanalyse est prépondérante, je ne pense pas que ça passera.»

Le chercheur va encore étoffer ses données factuelles, en réalisant des résonances magnétiques avant d'ouvrir la thérapie au public. Mais aux États-Unis, les gens se soignent déjà sur l'écran de leur Iphone. «Je ne sais pas encore si cette thérapie sera un produit commercial ou s'il sera disponible sur internet. Mais cela doit être encadré par un thérapeute qui taille le programme sur mesure pour le patient et évalue son efficacité à chaque étape du traitement.» Le réentraînement attentionnel, futur best-seller de la Nintendo DS?