Neige : les chauffeurs n'ont pas fait le poids

Fermeture des frontières, interdiction de rouler... Malgré leur ras-le-bol, les chauffeurs de poids - lourds ont dû plier. Ils ont pu repartir ap rès une nuit. Ils ne comprennent pas.

En approche de la frontière grand-ducale, à hauteur d'Arlon, un panneau lumineux prévient l'usager : «Neige prévue - Limitez vos déplacements!» Pourtant, à bien y regarder, l'autoroute E 411 est parfaitement dégagée. Et le trafic fluide. D'ailleurs, malgré l'interdiction décrétée jeudi en début d'après-midi, et qui n'est pas encore levée en ce vendredi en début de matinée, les poids lourds roulent à la file indienne, direction Sterpenich (Arlon).

Sterpenich, poste-frontière sur l'autoroute E 411, est régulièrement synonyme de files : celles, quotidiennes, que constituent les véhicules des travailleurs frontaliers; d'autres, saisonnières, à chaque départ en vacances.

Vendredi, le chapelet qui s'égrenait entre Habay et la frontière luxembourgeoise, était tout autre. Après une nuit passée dans leur cabine, qui à Wanlin, qui à Tellin, qui à Habay, les routiers étaient sur le départ, d'autant que plus rien ne s'opposait à la circulation, normalisée depuis le petit matin.

«Je ne comprends pas!»

Jeudi après-midi, lorsque les autorités leur ont enjoint de rallier la première aire et de libérer la chaussée, les chauffeurs l'ont bien sûr trouvée saumâtre. Et le mot est faible! C'est qu'en Belgique, la décision du ministre Benoît Lutgen était une première. Et a été ressentie comme un camouflet par la profession.

«Il y a une quarantaine d'années, avant l'E 411, tous les camions empruntaient la Nationale 4, et ça roulait, avec 270 chevaux contre 460 aujourd'hui, constate René, un vieux de la vieille basé à Blankenberge, mais dont l'employeur est grand-ducal. Et aujourd'hui, à la première chute de neige, on est prié de quitter l'autoroute et de se ranger. Je ne comprends pas!» Hier matin toutefois, chez les routiers, qui étaient encore dans l'expectative, la colère et l'indignation avaient fait place à la résignation.

«Que voulez-vous, il faut bien se faire une raison, glisse Patrick, le bonnet vissé sur le crâne, en observant le camion d'un collègue, qu'un bulldozer libère de la blanche, sur l'aire de repos du Truck Center à Habay rendez-vous des transporteurs, dernière halte avant la frontière - avec la France comme avec le Grand-Duché - le long de l'E 411, à Habay. J'ai prévenu mon patron, à Clermont-Ferrand. Il n'a pas été surpris car c'est pareil en France. Il s'est juste assuré que j'étais en sécurité, au chaud, et que j'avais de quoi manger.»

À entendre d'autres routiers, tous les patrons n'ont cependant pas été aussi compréhensifs que celui-là, qui ont intimé l'ordre à leurs chauffeurs de reprendre la route, interdiction ou pas.

Du spectacle dantesque de la veille au soir, il ne restait que la blancheur du paysage et une file de bahuts s'acheminant vers leur destination, hier en matinée, à hauteur de Sterpenich.

Un peu comme si, après s'être arrêtée le temps d'une nuit, la libre circulation des biens entre les pays de l'Union européenne avait repris son cours, encore ankylosée certes, mais débarrassée de contretemps climatiques qui devraient toutefois se répéter dès ce week-end.

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