BANDE DESSINEE

Benoît Brisefer: 50 ans, toujours costaud

Benoît Brisefer: 50 ans, toujours costaud

Peyo

Même si aucun nouvel album ne devrait sortir avant deux ans, Benoît Brisefer, 50 ans aujourd'hui, reste un classique indémodable. Signé Peyo, bien sûr.

Le 15 décembre 1960, un blondinet couvert d'un béret noir et d'une écharpe bleue faisait ses premiers pas dans le journal Spirou. Initialement, c'est dans Le Soir que Benoît Brisefer, le petit garçon le plus fort du monde qui perdait tous ses moyens dès qu'il était frappé d'un rhume, devait connaître son baptême éditorial : «Il devait y remplacer Pussy, que Charles Dupuis avait rapatrié dans Spirou, raconte François Walthéry, le dessinateur de Natacha, l'un des premiers assistants de Peyo. Mais quand il a vu les planches d'essai, il a dit : "Ça aussi, je prends". »

Par souci d'honnêteté, il imaginera Jacky et Célestin pour le quotidien bruxellois. Avant, en l'espace de quelques albums seulement, de faire de Benoît Brisefer un classique indémodable : «Il le doit à la puissance de scénariste de Peyo, assure Walthéry. Et d'Yvan Delporte, avec qui il travaillait sur les scripts. C'est simple : Peyo fumait deux paquets de Stuyvesant par jour, et Delporte deux John Thomas. Quand je rentrais chez moi, ma mère m'accusait de fumer (rires)! »

13 albums en un demi-siècle

Avec deux monstres comme Peyo et Delporte au scénario, Benoît ne pouvait que plaire. Lui et les savoureux personnages secondaires Dussiflard et la merveilleuse Madame Adolphine imaginés par le duo ne connaîtront pourtant que treize albums. En 50 ans! Pour un classique, c'est peu. Mais ça s'explique : «Mon père se rendait compte qu'il était incapable de mener trois séries de front, surtout avec le succès des Schtroumpfs, se remémore Thierry Culliford, son fils, qui dirige les studios Peyo depuis sa disparition. Or, l'univers de Benoît était celui qui lui était le moins familier. Les voitures, les engins modernes, tout ça. Son truc, c'était plutôt le Moyen Âge deJohan et Pirlouit. » Après deux premiers albums parus en 1962 et 1965 (Les taxis rouges et Madame Adolphine), Peyo confie donc son personnage à François Walthéry : «Je travaillais pour lui depuis trois ans . Je n'en avais alors que 20, et venais de rentrer de mon service militaire en Allemagne. C'était jeune, mais je ne m'en rendais pas compte. »

De 1966 à 1973, le temps de quatre albums (Les 12 travaux de Benoît Brisefer, Tonton Placide, Le cirque Bodoni et Lady d'Olphine ), il travaillera sur un bureau voisin de celui de Peyo, à moins de trois mètres du maître : «Dans son petit appartement, une chambre de bonne, d'abord. Puis dans sa maison d'Uccle. Et quand vous l'aviez dans le dos, vous l'aviez aussi sur le dos : il était très exigeant. Il disait constamment : "Je ne sais pas ce qui ne va pas, mais il y a quelque chose qui ne va pas".»

Pas de nouvel album en vue

Après Walthéry, parti chérir son hôtesse de l'air, Benoît Brisefer transitera par les mains de Blesteau et Garray, notamment sur trois scénarios de Thierry Culliford lui-même. Lorsqu'il disparut brutalement en 1992, Peyo, qui avait depuis un moment délégué le dessin de ses séries à ses nombreux assistants, à ce studio qui perpétue son oeuvre encore aujourd'hui, il envisageait de reprendre le crayon : «Il n'a eu le temps de dessiner que Le Schtroumpf financier, soupire Thierry Culliford. Mais comme nous nous étions engagés auprès du Lombard à relancer Johan et Pirlouit et Benoît Brisefer, et que le studio était prêt, nous nous sommes lancés.

» Depuis 2004 et John-John, un album dont le scénario était signé Frédéric Jannin, Benoît Brisefer n'a pas connu de nouvelles aventures. Et même si Blesteau vient d'adapter un vieux scénario de Delporte dans le numéro anniversaire de Spirou qui vient de paraître, ce n'est pas à l'ordre du jour : «Je vis la même chose que mon père dans les années 70 : les Schtroumpfs cannibalisent tout mon temps. Mais si nous trouvons un jour un dessinateur qui convient, nous poursuivrons. Papa l'aurait souhaité. »