Crackers-parties dans le Kent Angleterre

Un week-end dans le Kent, en voiture, à la rencontre de l'ambiance de Noël, ça change de Londres. Et c'est bon.

Welcome au Dog and bear pub. Littéralement chez «Le chien et l'ours». Avec son fronton extravagant peinturluré où se découpent deux portes rouges, cette bâtisse du XVe siècle s'étire sur la place du village médiéval de Lenham. Impossible de rater ce pub typiquement british, dont la guirlande d'ampoules multicolores donne l'illusion de réchauffer l'air glacial. Tous les soirs de décembre, il s'allume ainsi, presque féeriquement. Son bar aux pompes dorées, son feu ouvert, ses boiseries, son billard composent un décor de veillée intimiste et très chaleureux, où l'on se surprend à y ressentir une magie particulière de Noël.

Nous sommes dans le Kent, sur la route de Londres, à une heure environ du port de Douvres. Dans un coin, le sapin brille. De l'autre, les gens dînent. Ce vendredi-là, le Dog and bear retentit du bavardage enjoué d'une touchante réunion de fin d'année. Les gens s'échangent des cadeaux avec des sourires d'ange.

Les marchés de Noël du Kent n'ont rien à envier aux nôtres mais, dans cette campagne noire rendue à l'hiver, goûter à la chaleur de ce pub derrière ses fenêtres à guillotines et ses tentures rouges, y tremper les lèvres dans un vin capiteux, y entendre une version réjouissante du Jingle bells, y déguster un «christmas pudding», enchantent vraiment ce voyage par-delà la Manche. On s'y calfeutre comme dans une boîte fermée d'un gros ruban.

Le lendemain, nous allons nous perdre avec ivresse dans ce pays fantomatique, cadencé de châteaux et de bois embrumés et de villages un peu sinistres illuminés fugacement. Le Noël d'ici, loin des fracassants commerces londoniens, transpire d'authenticité. On a l'impression que le temps n'a plus de prise sur rien et qu'il s'y est même pendu, de dépression, dans un obscur donjon.

Dans la ville de Rochester, les chalets du marché de Noël invitent à une «lovely» promenade en boucle au pied d'un château massif, figé dans sa ruine mais à visiter, pour le point de vue qu'il offre au sommet de ses tours. Rochester a dédié son Noël au romancier anglais Charles Dickens, qui est né dans le Kent, à Portsmouth, en 1812.

On y croise l'un ou l'autre de ses personnages, entre une dégustation d'un jus de pomme chaud, augmenté de cannelle et de gingembre, et d'une pépite de chocolat.

On repart dans la campagne cafardeuse, dans ce Kent profond, où serpentent d'interminables petites routes cachées par des haies. Les Anglais, comme sur le continent, placent un sapin derrière la principale fenêtre de leur maison. Le jour de Noël, ils s'attablent en famille autour d'une dinde de Noël, se font des cadeaux, dans un intérieur d'autant plus brillant que la lumière extérieure est morne. Au moment de passer à table, ils s'enjouent cependant, avec des «crackers», ces rouleaux de papier fleuri qui se donnent un air de bonbon. «That's funny!» Les convives se croisent les bras, tenant dans chaque main un noeud de «crackers» et, au signal, les craquent dans un fort éclat de rire.

On en a eu, l'autre soir, au Dog and bear. Ces «crackers», qui se vendent chez Mark and Spencer mais aussi sur les marchés, renferment un gadget ridicule et une couronne de fin papier. Le rituel veut que chacun se coiffe de cette couronne légère, symbole d'espérance, de royauté divine. Avant la dinde et le crumble, c'est aussi cela Noël : ouvrir son coeur à l'enfant ensommeillé en nous.

www.visitkent.co.uk

Nos dernières videos