NEGOCIATIONS

Négociations: la paralysie est complète

Négociations: la paralysie est complète

Belga

Elio Di Rupo tente des contacts. Mais le moteur est à l'arrêt. Seule la N-VA pourrait ramener un peu d'huile pour le faire redémarrer.

Les négociations sont figées. Le préformateur tente de relancer la ma chine. Le moteur fume et reste au point mort. Hier, et aujourd'hui, Elio Di Rupo contacte un à un chacun des sept partis acteurs de la discussion. On entend presque des chants d'incantations s'élever du boulevard de l'Empereur. Pour que la N-VA revienne à la raison.

Seule huile pour le moteur, le PS pourrait accorder à la N-VA et le CD&V des écrits, ce qu'ils réclament. Mais pas un accord de gouvernement en 150 pages. On en est toujours à la préformation et à la case institutionnelle.

Côté francophone, c'est très clair. Seul un signal de la N-VA en faveur d'un compromis pourrait tout relancer. Mais l'incertitude sur cette volonté est complète. « On saura quoi pour ce week-end », assure un négociateur. « Ou bien Bart De Wever trouve une manière de revenir à table et de rallier son parti à l'idée du compromis. Ou bien on sera fixé. »

Et alors, quoi ? Comme le professait Elio Di Rupo, ce sera l'aventure et le chaos. Un argument qui rend Bart De Wever fou furieux. Il a répété lundi qu'il ne voulait nullement le chaos. Le patron nationaliste ne désire pas être désigné comme le responsable du foutoir. C'est déjà ça de rassurant. Mais l'argument lui reste en travers de la gorge. Il y voit, dit-il en substance, une forme de chantage. En attendant, c'est donc la paralysie à tous les étages.

1. La paralysie des francophones ou la peur de se retrouver tous nus.


Les rouges, les verts, les oranges ont ouvert les mannes des transferts vers les régions. Ils ont même ouvert la loi de refinancement à révision, un exercice dangereux. En contre-partie, ils ont reçu des exigences toujours plus gloutonnes des nationalistes flamands. Et ils sont inquiets des manières guerrières d'un De Wever. Ils sentent bien qu'ils ne peuvent plus aller beaucoup plus loin sans contrepartie. PS, cdH et Écolo ne peuvent pas retourner devant les électeurs francophones dépouillés et sans le moindre costume pour se rhabiller. Ils sont donc aujourd'hui à l'arrêt.

2. La paralysie du CD&V ou l'effroi d'être devenu le petit frère de la N-VA.

Le moral des démocrates chrétiens est cassé depuis les élections. Leur pitoyable résultat a prouvé qu'avoir du courage en politique n'était pas payant (du tout) aux yeux des électeurs flamands. Ils s'étaient pourtant débarrassés de la N-VA. Cela leur vaut aujourd'hui le pire cauchemar de leur exigence. Leur ex-petite succursale est devenue un parti géant qui les supplante. Ils ont perdu leur monopole historique de premier parti de Flandre au profit de la N-VA.

Et tout ça s'est déroulé en deux petites années. « Il y a de quoi être déboussolé, analyse un négociateur. Et cela explique bien des choses. Ils sont incapables aujourd'hui de se démarquer de la N-VA. » La blessure narcissique est terrible au CD&V. Bart De Wever ne manque pas une occasion de retourner le couteau dans la plaie, d'ailleurs. Sa proposition de négocier avec le PS en tête à tête est une véritable gifle en ce sens. Le CD&V est donc figé dans l'ombre de la N-VA.

3. La paralysie de la N-VA ou la dictature du groupe stratego de De Wever.

Les « faucons » de la N-VA veillent à la cause séparatiste. Ils ne lâchent plus leur patron d'une semelle. Bart De Wever, s'il veut réellement un accord, est mal pris. « La vérité, c'est que De Wever est le plus modéré de son équipe. On découvre des négociateurs qui sont bloqués à l'application à la lettre de leur programme politique. C'est terrible », explique encore ce négociateur francophone. La question du refinancement de Bruxelles est au coeur de cette paralysie.

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