ONCLE BOONMEE, CELUI QUI SE SOUVIENT DE SES VIES ANTERIEURES

Comprendre la Palme d'or de Cannes 2010

Comprendre la Palme d'or de Cannes 2010

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Palme d'or du 63 e Festival de Cannes, « Oncle Boonmee » a divisé la croisette. Pourquoi ? Tentative de réponse.

Dans le jargon ciné, on appelle ça « une grosse surprise ». Palmer un tel film à Cannes, fallait oser... Le plasticien thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, auteur de Syndromes of a century et Tropical Malady réalise un drame qui se situe quelque part entre la science-fiction et le fantastique.

Par le biais d'un homme qui vit les derniers jours de sa vie, le cinéaste raconte une sombre histoire de réincarnation et d'amour évanoui. Entre éblouissement (par l'esthétique incroyable du film), étonnement (l'apparition d'un fantôme-singe) et effroi (lorsqu'un poisson-chat pratique un cunnilingus), on se tâte encore pour savoir s'il s'agit d'un chef-d'oeuvre ou d'une bonne farce...

Seule certitude : pour ceux qui adorent les expériences hypnotiques et hors du temps, c'est du pur nirvana ! Pour les autres, c'est long, chiant et incompréhensible. Bonjour la sieste !

Palmomètre

Comme nous n'avons pas du tout accroché à la Palme d'or 2010, essayons de comprendre via deux critiques belges pourquoi ce film atypique a décroché la timbale.

« Comme beaucoup, j'ai vraiment eu l'impression d'être passé à côté du truc, commente Nicolas Gilson, critique sur Cinemma.be. Esthétiquement parlant, avec sa lumière naturelle et sa photographie magique, il vaut vraiment la peine. C'est quelque chose d'extrêmement singulier mais dans lequel, faute de repères, tu restes à dix kilomètres... »

Une impression partagée par de nombreux journalistes présents à Cannes. « La programmation étant assez pauvrette cette année, il fallait bien palmer quelqu'un ! Et ce côté onirique radical correspondait sans doute le mieux à l'esprit du président du jury. »

Cathy Immelen, critique cinéma à la RTBF, ne dira pas le contraire. « Pour moi, Tim Burton a voulu primer le seul film fantastique de la compétition et mettre en avant une autre manière de faire du cinéma. »

Elle ajoute même avoir été étonnée lors de la projection. « J'étais assise à côté de journalistes thaïlandais qui étaient en larmes après la projection et qui ne réagissaient pas du tout comme nous pendant le film... La question n'est donc pas de savoir si le film est mauvais ou pas mais qu'il s'agit plutôt de codes culturels. Et pour peu qu'on soit sensible à la culture asiatique, on ne peut nier ses qualités de mise en scène et de profondeur. C'est juste destiné à un public archi pointu. »

En gros, soit on adore soit on déteste. Et Cathy Immelen de conclure. « Venant de Tim Burton, un film avec des hommes-singes et un big fish, ca ne m'étonne pas ! (sourires). »

« Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures », drame fantastique de Apichatpong Weerasethakul avec Thanat Saisaymar. Durée : 1 h 53.

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