Inferno, le film maudit de Clouzot Docu

César du meilleur documentaire, l'enfer du tournage... d'« Inferno ».

En 1964, George-Henri Clouzot, considéré alors comme le Hitchcock français, reçoit de producteurs américains un budget « illimité » pour réaliser Inferno, un scénario de son cru racontant l'histoire d'un mari malade de jalousie et qui tente en vain de prouver l'infidélité de son épouse.

Auteur de films déjà considérés comme des classiques (Les Diaboliques, Le Salaire de la peur ) Clouzot a des ambitions artistiques énormes sur ce film, et n'ayant pas de limites financières, il va basculer dans une sorte de mégalomanie qui va transformer le tournage en cauchemar.

C'est que Clouzot a imaginé un film très créatif sur le plan visuel. Dans son délire jaloux, le mari (Serge Reggiani) a des visions et voit sa femme (jouée par Romy Schneider, star montante à l'époque) dans des situations équivoques. Le cinéaste imagine une alternance entre couleurs et noir et blanc, des plans surréalistes inspirés par un mélange d'art contemporain et d'expressionnisme allemand. Il commence par s'enfermer avec ses acteurs durant des semaines et leur impose d'épuisantes séances de poses. Viendra ensuite le début du tournage en extérieur. L'histoire a pour cadre une petite station balnéaire où le couple tient un hôtel. Là, Clouzot déraille. Il ne cesse de faire et refaire les mêmes plans, tyrannise son équipe avec des horaires impossibles, fait travailler une équipe et laisse l'autre se tourner les pouces... Personne ne se plaint, car tout le monde est très bien payé, et chacun fait confiance au « génie présumé » du cinéaste. Reggiani toutefois n'en peut plus et quitte le tournage (Trintignant viendra sur place mais refusera de le remplacer). Après trois semaines à ce régime, rongé de doutes et de stress, Clouzot fait un malaise cardiaque. Il est hospitalisé. Le tournage s'arrête et ne reprendra jamais et Inferno fera figure de film maudit à jamais !

Clouzot est décédé en 1977 et pendant près de 50 ans les rushes du film sont restés inédits. Jusqu'à ce qu'un cinéaste fou d'archives, Serge Bromberg n'arrive à convaincre la veuve Clouzot de lui en autoriser l'accès. Il a pu alors dépouiller les incroyables images « avant-gardistes » qu'avait tournées le cinéaste avec Romy Schneider, tous les plans tournés en extérieures (sans son toutefois) avec notamment une composition énigmatique où un train fonce sur la comédienne nue, ligotée sur les rails et qui n'est pas dans le scénario.

Bromberg a retrouvé une partie de l'équipe (avec notamment Costa-Gavras, à l'époque assistant) et fait jouer les dialogues comme en répétition par deux comédiens, Bérénice Béjo et Jacques Gamblin. Judicieuse idée qui permet de remettre les plans dans leur contexte scénaristique.

Sorti cette année en salles, Inferno a remporté le césar du meilleur documentaire. Sur cette sortie DVD, pas de bonus malheureusement.

« Inferno » (Homescreen/Twin Pics)

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