ABSTENTION ET PETITES LISTES

Les autres gestes forts des électeurs

Les victoires de la NV-A et du PS sont des signaux clairs donnés par l'électeur. Mais l'abstention et la progression des petits partis en sont aussi.

Il n'y a pas que le parti de Bart De Wever qui a réalisé un vote historique dimanche. Le « parti des protestataires » n'a certes pas égalé les scores de la N-VA, mais avec le cumul du nombre d'électeurs qui ne sont pas allés voter et de ceux qui ont rendu un bulletin blanc ou nul, on atteint les 16 %. Sur près de 7,8 millions d'électeurs inscrits, cela fait quand même de 1,2 à 1,3 million de voix qui se sont ainsi perdues dans la nature. Ce qui est un maximum historique depuis 1919 et l'entrée en vigueur du suffrage universel pour les hommes. Le précédant record en la matière ayant été enregistré au scrutin de 1999, marqué par le scandale de la dioxine et les suites de l'affaire Dutroux.

Mais peut-on réellement assimiler les quelque 838 000 personnes qui ont fait l'élection buissonnière à ceux qui ont voté blanc ou nul ? « Ce n'est pas la même chose et il faut relativiser l'effet des deux. Ils n'ont pas exactement la même signification car ils n'ont pas la même ampleur, note Pierre Verjans, politologue à l'Université de Liège. Mais d'un certain point de vue, on peut quand même les assimiler dans l'analyse. » Parce que voter blanc ou annuler volontairement son vote est un geste politique fort. Mais aussi parce que, dans un pays où le vote est obligatoire, ne pas venir dans l'isoloir l'est tout autant.

Ces petits partis qui grandissent

Autre refrain entendu chez quelques ténors des grands partis ce dimanche : la percée (relative mais notable) des petits partis illustrerait aussi un éloignement du citoyen pour la chose politique. Réducteur, voir vexant pour les candidats des W +, RWF, PP et autres PTB + ? « Il y a un malaise parmi les partis traditionnels, alors ils essaient de réduire nos résultats à des votes de rejet, dit Raoul Hedebouw, le porte-parole du PTB +. Mais, comme dans notre cas il y a une progression constante, c'est aussi qu'il y a une adhésion de plus en plus forte pour une gauche véritable. C'est de bonne guerre de la part des grands partis de parler de rejet, mais le rejet c'est aussi eux qui l'ont créé avec le spectacle qu'ils ont donné. »

Même si on parle dans le cas de ces petits partis de scores très variables selon les provinces, voir les cantons, et qui restent sous les 5 %, des progressions par rapport à 2007 de l'ordre de 25 % à 60 % ne traduisent sans doute pas seulement un rejet des partis traditionnels.

« Protestation ne veut d'ailleurs pas dire absence de revendication », note à ce sujet le politologue Pierre Verjans. Voter pour un parti qui avance des propositions hors du spectre traditionnel gauche/droite, ou inédites en matière institutionnelle, ne veut pas forcément dire que l'on est d'accord avec tout le programme. Mais à tout le moins qu'il y a là une direction dans laquelle l'électeur souhaite aller. Et si les « grands » n'y vont pas assez vite, on se tourne vers les petits.

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