ASSASSINAT DE CHEBEYA

Une plainte déposée à Bruxelles

Après l'assassinat au Congo du défenseur des droits de l'Homme, Floribert Chebeya, la Voix des sans Voix a déposé plainte en Belgique.

Le défenseur des droits de l'Homme Floribert Chebeya Bahizire a été « assassiné » parce qu'il envisageait de déposer plainte contre des responsables congolais pour des massacres commis en 2007 et 2008 au Bas-Congo, a affirmé lundi l'avocat bruxellois de l'ONG la Voix des sans Voix (VSV), Jean-Claude Ndjakanyi. Une plainte avec constitution de partie civile a été introduite en Belgique.

Me Ndjakanyi a déposé plainte le 5 juin, sur base de la loi de compétence universelle, contre l'inspecteur principal de police au Bas-Congo, Chalwe Ngwashi Raus, de nationalité belge, l'ex-ministre de l'Intérieur Denis Kalume Numbi, aujourd'hui commissaire général du Cinquantenaire de l'Indépendance, et le général John Numbi, chef de la police nationale qui avait convoqué le 1er juin Chebeya, président de la VSV, dans son bureau à Kinshasa. Le militant avait été trouvé mort le lendemain dans son véhicule, le long d'une route de la capitale congolaise. Le corps de son chauffeur n'a toujours pas été découvert.

« Nous ne voulons pas faire du sensationnel, nous voulons qu'on rende justice à cet homme C'est la seule manière pour nous d'honorer sa mémoire », a déclaré lundi Me Ndjakanyi, lors d'une conférence de presse dans le quartier de Matonge, à Ixelles, ajoutant que la procédure avait été engagée en Belgique « pour des raisons d'efficacité » .

De plus, si la Cour pénale internationale (CPI) avait été saisie, les autorités politiques congolaises n'auraient pas accepté de transférer les suspects vers La Haye.

La plainte contre les trois responsables vise leur rôle dans les massacres commis contre des adeptes du mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo et lors d'une chasse aux sorcières à la suite de menaces de mort contre Kabila en 2008. Ces événements avaient fait des dizaines de morts.

La VSV, dont les membres sont « étroitement surveillés à l'heure actuelle », s'est constituée partie civile jeudi dernier, via l'entremise de l'avocat, devant le juge d'instruction de garde.

« Si M. (John) Numbi (actuellement suspendu, NDLR) n'est pas arrêté, un mandat d'arrêt international sera demandé », a ajouté Me Ndjakanyi.

M. Chebeya avait rencontré Me Ndjakanyi en mars pour lui faire part de son intention d'intenter une action en justice contre les responsables de ces massacres. Selon l'avocat, « ce n'est pas la seule cause de son assassinat », mais il ne fait aucun doute que Chebaya dérangeait le pouvoir en place à Kinshasa.

« Nous allons requérir au parquet fédéral des mandats pour les trois personnes citées et demander un mandat d'extradition pour le Belge », a-t-il précisé.

Appel au roi

L'enterrement de Chebeya est prévu le matin du 30 juin prochain à Kinshasa. Me Ndjakanyi souhaite que le roi Albert II y assiste en matinée et dépose une couronne de fleurs sur la tombe, puisqu'il sera sur place pour les festivités organisées à l'occasion du 50e anniversaire de l'Indépendance dans l'après-midi, même s'il estime le déplacement du souverain en RDC « inopportun » .

Mais les autorités font pression sur la famille de la victime et sur les associations de défense des droits de l'Homme, menaçant de transférer le corps à Bukavu, afin que les funérailles aient lieu plus tôt et de préférence loin de la capitale, d'après l'avocat. « Espérons qu'elles tiendront le coup jusqu'au 30 juin », a-t-il dit.

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