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Éloge du mauvais geste: quand le foot déraille

Éloge du mauvais geste: quand le foot déraille

La main de Thierry Henry contre l'Irlande a offert la qualification pour ce Mondial à la France. Reporters

A travers six « mauvais gestes » célèbres de l'histoire récente du football, le philosophe français Ollivier Pourriol cherche un sens à ce qui semble insensé.

La double main de Thierry Henry contre l'Irlande. La « main de Dieu » de Maradona contre l'Angleterre. Le coup de boule de Zidane à Materazzi. Le coup de pied de Cantona à un supporter. Le KO de Battiston par le gardien allemand Schumacher. Platini qui hurle sa joie après avoir marqué dans un Heysel où venaient de mourir 39 supporters italiens.

Ces moments très particuliers de l'Histoire du football ont inspiré au philosophe et écrivain Ollivier Pourriol un petit livre de réflexion intitulé Eloge du mauvais geste. « Il y a un point commun entre ces événements, c'est qu'ils ont été commis par de grands joueurs, et dans des circonstances exceptionnelles, explique-t-il. Je n'en ai pas trouvé d'autres d'aussi marquants. Le mauvais geste, avant d'être fou est spontané : au risque de l'infamie, le grand champion s'aventure au-delà des règles ». Ce n'est pas un livre de philosophie, mais de « pensée footballistique ». Le foot, il est vrai, est devenu un « lieu commun mondial », partagé par tous. Ainsi naissent les mythes. Si de tels événements sont restés dans les mémoires, c'est que « le football étant un sport arbitré, il doit être le lieu de la justice absolue. Or, parfois il ne l'est justement pas, et cela crée des scandales qui ont parfois plus d'impact sur l'opinion publique que des actes de guerre entre pays ».

Il relie le geste de certains joueurs à la mythologie grecque : « Ce qu'a fait Zidane, pour son honneur, c'est un comportement identique à celui d'Achille, qui combattait lui aussi pour l'honneur » . Dans ce coup de boule insensé, Zidane commet un acte « de liberté absolue » : « Zidane, être programmé pour gagner, malgré toute la pression, y renonce et choisit de ne pas gagner ». L'écrivain ne cherche pas à excuser les divers « mauvais geste s », mais tente de leur trouver un sens, d'en percer le mystère.

« Ce qui m'a le plus marqué, c'est la joie de Platini au Heysel. C'est le jeu pur. Ce qui fait que lorsqu'on joue, on oublie tout sauf de jouer, même dans les pires circonstances ». Mais Platini le dit lui-même, ce soir-là a signifié aussi pour lui la fin de l'innocence.

Sorti récemment, Éloge du mauvais geste surfe sur la footmania et remporte un joli succès : « Ce qui me réjouit, c'est que ce n'est pas un livre de spécialistes et qu'il attire beaucoup de lecteurs qui ne sont pas spécialement fans de football. C'est un livre pour êtres humains en fait, et pour ceux qu'intrigue le côté obscur de l'homme » .X.D.

« Eloge du mauvais geste », d'Ollivier Pourriol (éd. NiL, 123 p. 13,5 ?)

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