Elections 2010

Un État flamand si tout est bloqué

Un État flamand si tout est bloqué

Robert Senelle Photo News

Il faut revoir toute la copie, explique le vieux constitutionnaliste Robert Senelle. Et si nécessaire, la Flandre doit proclamer son autonomie.

À plus de 91 ans, Robert Senelle, le redoutable constitutionnaliste flamand dont l'influence a été profonde au long des trois dernières décennies du XXe siècle, n'a rien perdu de son mordant. Son avis fait toujours autorité en Flandre. Aussi l'opinion qu'il a exprimée cette semaine dans l'hebdomadaire « Knack » n'est pas passée inaperçue : le cas échéant, a-t-il expliqué, « le Parlement flamand doit proclamer un État flamand, composante de la Belgique fédérale, dont les frontières seraient les frontières actuelles de la Région de langue néerlandaise ».

L'indépendantisme est un aveu d'impuissance

Qu'on ne s'y méprenne pas, l'ancien professeur de droit constitutionnel à l'université de Gand n'est « pas du tout indépendantiste. Je l'ai écrit à Bart De Wever, le président de la N-VA : les Flamands ne veulent pas de l'indépendance, qui nous créerait un tas de difficultés, notamment avec l'Union Européenne. Mais l'autonomie dans le cadre d'un État fédéral ».

Son opinion, à « Knack » était « une réponse à une question du journaliste » de l'hebdomadaire flamand sur la manière de réagir à une hypothétique « impasse totale » et à l'impossibilité de former un gouvernement fédéral, après l'élection du 13 juin prochain.

« L'indépendance serait l'aveu de notre impuissance » à réorganiser la Belgique, sur le modèle suisse, en une entité d'« États fédérés » et de l'incapacité à rédiger « une toute nouvelle Constitution, en partant d'une feuille blanche, et en n'oubliant pas nos compatriotes germanophones » a confié Robert Senelle.

Car, pour le constitutionnaliste flamand émérite, la future Belgique doit s'organiser sur base de trois composantes : la Flandre, la Wallonie et la Communauté germanophone.

Bruxelles ? Il appartiendra au gouvernement fédéral de la gérer, « parce qu'elle est devenue une ville internationale de premier plan, que les Régions ne sont pas à même de cogérer financièrement. Même pas la Flandre, qui est dans la situation financière la plus favorable ».

Tout cela supposera « bien entendu une négociation avec les Wallons et avec les germanophones ». Et pas question, pour Robert Senelle, de rompre entre elles le lien de solidarité « qu'on retrouve par exemple dans la Confédération helvétique, où les cantons riches paient pour les plus pauvres ».

Mais attention, cette solidarité ne serait pas illimitée dans le temps, « elle devrait s'atténuer, puis disparaître, à mesure que la situation de la Wallonie s'améliorera. Je trouve d'ailleurs que les Wallons font des efforts réels pour redresser leur situation. Mais ces efforts ne sont peut-être pas suffisants pour l'instant ».

Pure spéculation ? « En 1991, Philippe Moureaux (NDLR : actuel vice-président du PS) nous avait menacés d'une "bombe atomique institutionnelle" la paralysie de tout le gouvernement fédéral si on ne régionalisait pas le commerce des armes » rappelle-t-il.

Un blocage identique sur Bruxelles-Hal-Vilvorde n'est donc pas inimaginable. « Le Parlement flamand devrait alors bien gérer la Flandre. Et le Parlement wallon la Wallonie. Avant de négocier » conclut Robert Senelle. Comme pour parapher le raisonnement.