L'artiste flamand Jan Fabre a présenté son spectacle enfumé à Bruxelles, avant Paris lundi prochain. Une ode à la cigarette qui déchaîne les passions.

Il se prend tour à tour pour un bousier, une libellule ou un scarabée. Il a érigé la provocation brute en oeuvre d'art. Jan Fabre est belge, flamand et reconnu dans le monde entier. Il vient de lancer sa plus grande fumisterie sur scène, I am a mistake, «Je suis une erreur». Et le monde entier en parle. Après s'être fait remarquer dans sept grandes villes européennes, lundi prochain il sera à Paris.

À la représentation belge de mardi, on l'a vu, assis au milieu du parterre de spectateurs, courbé en deux de rire et de plaisir. Lui, Jan Fabre, au bord de l'extase, contemplant ses danseuses fumeuses et son orchestre casserole. Le public, enfumé à l'insu de son plein gré, toussait, s'agitait et s'ennuyait dans les fauteuils du palais des Beaux-Arts de Bruxelles. À l'écran, de belles et mystérieuses fumeuses, filmées par Chantal Akerman, jouaient des volutes de leurs clopes. Les images défilaient. La musique déchirait les oreilles. Sur scène, les danseuses prenaient des poses tristes ou énervées. Une comédienne au centre de la scène, après être restée une heure entière à ne rien faire que fumer, a clamé : «Je suis fidèle au plaisir qui essaie de me tuer!». L'apologie de la cigarette comme droit à se tuer. Comprenez : l'artiste peut jouer avec la mort puisqu'il est une faute.

Des gens, offusqués, se sont levés. La Fondation pour le cancer a balancé un communiqué ulcéré. «Faire l'éloge d'une dépendance au nom de la liberté est pour le moins paradoxal», écrit le docteur Vander Steichel de la Fondation. «S'il faut réserver une place à la cigarette dans le monde de l'art, que ce ne soit pas sur scène, mais une fois pour toutes au musée.»

À vrai dire, le spectacle de Jan Fabre ne devrait pas inciter à consommer de la nicotine. Mais s'élève contre l'air du temps qui entend se purifier à jamais des odeurs de tabac. Le «politiquement correct» qui entend imposer le devoir d'être en bonne santé. L'artiste dénonce et se moque de notre malaise.

Fabre n'en est pas à son coup d'essai. Il a exposé des chiens écrasés dans une galerie parisienne. Il a fait pisser ses danseuses sur scène et invectiver son public. En 2000, la Reine Paola, qui l'admire beaucoup, lui avait donné carte blanche pour redécorer le plafond de son palais. Il l'avait recouvert de 1 500 000 ailes de coléoptères. «Je suis une erreur parce que je ne sais pas faire semblant», clame la comédienne de Fabre.

«Vous avez trouvé ça beau, vous?», demandait une spectatrice en faisant la file à la sortie. Elle avait une mine à moitié ahurie, à moitié dégoûtée. Beau, ce n'est pas. Mais cette odeur de fin de nuit dans un bistrot qui vous colle à la peau en sortant est une expérience bizarre. C'est du Jan Fabre. C'est du Belge.

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