PME sans comptabilité? "Insensé!"

(photo EdA - Jacques Duchateau)

L'Europe veut simplifier la vie des PME en abandonnant la publication des comptes. En Belgique, certains crient au fou...

«C'était une bonne journée de prise de conscience», affirme Bruno Colmant. Mercredi, en tant que membre de la Commission des Normes Comptables et du Conseil supérieur des Finances, il présidait un colloque destiné à analyser une récente communication de la Commission européenne. Au nom de la simplification administrative, l'Europe envisage de libérer les PME d'une obligation a priori élémentaire : la publication des comptes. Les quelque 600 participants au colloque, tous professionnels de la comptabilité en Belgique ou décideurs socio-économiques, sont sur la même longueur d'ondes : même si ça part d'une bonne intention, on va déstabiliser l'économie belge.

Pour la Commission européenne, une PME est une entreprise de moins de 10 personnes, au total bilantaire de moins de 500.000 euros et au chiffre d'affaires inférieur à un million d'euros. Ces PME seraient donc exemptées de la publication des comptes en tant que micro-entreprises. «En Belgique, cela correspond à 75 % des entreprises. Il n'y aurait plus que 2.000 entreprises sur 300.000 qui seraient encore obligées de rendre des comptes. C'est absurde!» réagit Bruno Colmant.

En choeur, l'Institut professionnel des Comptables et Fiscalistes agréés, l'Institut des réviseurs d'entreprises et l'Institut des Experts-comptables et Conseils fiscaux embraient : OK pour l'esprit de la simplification administrative. Mais pas comme ça. Pas en détricotant l'information financière. Le Conseil central de l'Économie précise de son côté qu'aucune simplification ne peut justifier une réduction de la qualité de l'information financière.

«D'autant que, sans information fiable sur les PME, les banques vont réduire leur accès au crédit. La publication des comptes permet en effet d'établir la stabilité financière et la qualité d'une entreprise, ajoute Bruno Colmant. S'en priver, c'est dommageable et économiquement déstabilisant.»

Selon le spécialiste, l'Europe est influencée par la tendance anglo-saxonne selon laquelle moins il y a de contraintes comptables, plus les entreprises sont dynamiques. «Et puis, il y a l'entrée au sein de la Communauté de nouveaux États membres, où la comptabilité des entreprises n'existait pas il y a 20 ans. Pour eux, c'est un peu difficile de rattraper le wagon. Mais en France, en Belgique et en Allemagne, ce système d'information financière est fort développé», explique Bruno Colmant.

Un nivellement par le bas? «C'est clair. Il faut s'y opposer. Il y a encore moyen.» Au fait, il y a trois ans, la Belgique contraignait les ASBL à se plier au droit comptable. «Elles ne sont pas visées par les orientations européennes. Ce qui prouve bien que ça part dans tous les sens», conclut Bruno Colmant.

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