Les législatives de dimanche se présentent comme un plébiscite pour Poutine et le jalon fondateur de son maintien au pouvoir.

Deux Russes sur trois ne peuvent imaginer la vie sans lui. Vladimir Poutine jouit d'une popularité jamais démentie, depuis son entrée au Kremlin en 2000. Pour ses partisans, alors qu'il ne peut briguer un troisième mandat, l'essentiel est qu'il demeure le «leader national», peu importe comment. C'est quasiment gagné d'avance.

En dirigeant la liste Russie Unie aux législatives de dimanche, Poutine se positionne pour rester au centre du jeu, après la présidentielle de mars, en devenant Premier ministre, président du parti ou, pourquoi pas, en retrouvant le Kremlin après une pause. Véritable machine de guerre électorale, Russie Unie a été créée en 1999 pour assurer son ascension. Le parti dispose d'une majorité écrasante à la Douma avec 303 des 450 sièges. Créditée de 62 à 67 % des voix, la formation devrait à nouveau rafler deux tiers des sièges et lui offrir la possibilité de réformer la Constitution en toute légalité pour se donner plus de poids qu'elle que soit sa future fonction. Le maître aux yeux de glace a d'ores et déjà légitimé la manoeuvre en affirmant que la victoire de Russie Unie lui donnerait un «droit moral» pour continuer à influer sur la vie politique russe.

Le raz-de-marée annoncé va donc consacrer le «tsar». Le père de la Nation, le garant de l'ordre, le sauveur d'un pays «mis à genoux» dans les années'90 par un régime corrompu et affaibli par les dérives oligarchiques d'Eltsine.

Autoritarisme, nationalisme, protectionnisme, volonté de recouvrer la puissance passée : l'ancien agent du KGB modèle le pays à la mesure de ses ambitions. Tous les instruments du pouvoir sont désormais à sa botte : la police, la justice, l'armée, les médias, les grandes entreprises énergétiques.

En même temps, l'espace des libertés s'est réduit comme peau de chagrin. Vingt-deux journalistes ont été assassinés, d'autres sont envoyés en asile psychiatrique ou emprisonnés. Toute forme d'opposition est systématiquement muselée. Les crimes politico-crapuleux se multiplient. Les groupes d'extrême droite prolifèrent. Le racisme officiel exacerbe la chasse au faciès, commencée avec les Tchétchènes et étendue à tous les Caucasiens.

Dans la Russie de Poutine, la loi du plus fort est érigée en système. Le patron du Kremlin a remis au goût du jour les vieilles méthodes : propagande, culte du chef, répression tous azimuts, au point de s'acharner contre une opposition marginalisée et hors d'état de nuire. Pour qualifier son régime autoritaire, il a inventé des expressions comme «verticale du pouvoir», «dictature de la loi» ou «démocratie souveraine».

Autocrate inquiétant, il est pourtant vénéré comme une icône. Son style musclé et direct, son efficacité, sa discrétion séduisent la Russie des pétro-dollars. Les historiens expliquent que le peuple russe aspire traditionnellement à un État paternaliste, voire autoritaire. Plus sûrement, Poutine rassure. Il a aussi ranimé la fierté de l'âme russe. Elle peut à nouveau bomber le torse. La Russie connaît depuis 8 ans une croissance vigoureuse et ininterrompue, en dépit d'une corruption largement répandue, et retrouve peu à peu sa place sur la scène internationale.

À l'heure où la campagne s'achève, l'enjeu affiché est d'assurer une participation record. Tout a été organisé «à la soviétique» pour transformer le scrutin en véritable plébiscite en faveur du nouveau «tsar».

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