GUY GILBERT

«N'oubliez pas votre devise!»

«Rallumez le feu!», lance le prêtre des loubards dans son nouveau livre. Le feu de la foi, grâce à l'Évangile, mais aussi celui de l'amour.

Guy Gilbert, quels sont vos liens avec la Belgique?

Il y a un avant et un après le mariage de Laurent, ce que je ne présageais pas. Les parents de Joe, assassiné en avril 2006, m'ont par exemple demandé d'être le parrain de leur association «Non-violence à l'école». Et si tu savais le nombre de conférences qu'on me demande de faire chez vous...

Quel regard portez-vous sur la crise institutionnelle belge?

Le merdier dans lequel vous êtes? Je pense toujours à votre devise, L'union fait la force. Vous êtes le coeur de l'Europe, et si vous vous divisez, ce sera une catastrophe pour des tas d'autres pays qui feront la même chose. Heureusement qu'Albert II est là pour jeter des ponts entre vous.

Chaque matin, vous notez une phrase de l'Évangile. Quelle est celle du jour?

«Que le seigneur vous donne un amour de plus en plus intense et débordant.» J'écris la phrase sur le paquet de mon papier à cigarettes. Chaque fois que je m'en roule une, je la lis. C'est très porteur pour moi.

«Vivre l'Évangile» est d'ailleurs le sous-titre de votre livre.

On a besoin de l'actualiser, de la confronter à notre monde. Je passe de la rencontre divine aux rencontres humaines qui sont très difficiles, pleines de souffrances. Je vais sans cesse de l'homme à Dieu et de Dieu à l'homme.

Le Christ parle de bonté et de douceur, deux valeurs que vous prônez.

On a besoin de revaloriser la miséricorde, la douceur, la patience, l'écoute, la solidarité qui sont des vertus essentielles pour l'homme. Sinon, la Terre est une jungle et nous sommes des loups.

Aujourd'hui, les valeurs matérielles, l'argent, comptent davantage que la personne humaine. L'Église véhiculant le message de l'Évangile doit éternellement reprendre le combat au service des autres. Ne jamais arrêter de dire «Aimez-vous les uns les autres», «Aimez votre ennemi», «Demandez pardon».

Aimer celui qui vous a fait du mal, ce n'est pas évident...

En ce sens, notre religion est très difficile à vivre. C'est dans l'Évangile mais l'Église ne le dit pas assez. C'est pourtant possible. J'en donne beaucoup d'exemples dans mon livre.

L'éloignement de l'Église vous semble être une perte morale pour une nation?

Nous perdons nos racines chrétiennes. L'immense majorité des gens se disent chrétiens mais non pratiquants. Or, la religion, c'est comme une langue, si on ne la pratique pas, on la perd. On ne vit pas assez la parole de Dieu.

Il faut que l'Église soit d'abord au service des plus pauvres pour que la figure du Christ fils de Dieu apparaisse et que les gens y adhèrent. Paul VI disait que c'est moins de maîtres dont on a besoin que de témoins.

Vous restez optimiste?

Tout à fait. Cette conviction que Dieu est amour, je l'ai eue à 13 ans et elle ne m'a jamais quittée. Je n'ai jamais dévié de ma route. Grâce à mon énergie, à l'audace dans mon combat, mais surtout à Dieu.

«Rallumez le feu!», de Guy Gilbert, Philippe Rey, 379 pages

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