Qui manipule qui au Tchad ?

Les membres de l'ONG française ont été inculpés pour "enlèvement de mineurs" et "escroquerie". (photo Reuters)

Alors que les Français sont inculpés pour «enlèvement de mineurs» , au Tchad, l'affaire de l'Arche de Zoé prend une dimension politique.

L'amateurisme des bénévoles de l'Arche de Zoé ne fait pas de doute. Ils se sont lancés dans une opération illégale qualifiée unanimement d'«irresponsable». Mais il s'agit plutôt d'exaltés de l'humanitaire que de sordides trafiquants d'enfants comme accuse le Tchad.

L'affaire a pris une «dimension politique» et on évoque déjà «un processus du type de celui des infirmières bulgares». Elle intervient alors qu'une force de l'Union européenne à dominante française doit se déployer au Tchad et en Centrafrique en novembre et que le président tchadien Idriss Déby y est réticent. «La force européenne de paix , le Tchad n'y est pas favorable; il veut contrôler certaines zones et c'est là l'occasion pour lui d'intervenir devant les autorités françaises afin d'avoir une monnaie d'échange», affirme un observateur.

Le président tchadien peut aussi y trouver le moyen d'accroître son crédit auprès de la population, de détourner l'attention des véritables problèmes dont souffre le pays. «L'affaire est en tout cas bénéfique pour Deby. Il joue sur le sentiment anti-français dans le pays et peut essayer de tirer des contreparties de Paris», ajoute-t-il.

Sarkozy et Kouchner ont fait du Darfour une de leur priorité diplomatique. L'accord et le soutien du président Deby sont cruciaux pour la réussite de l'opération. La France fait dès lors profil bas pour préserver ses relations avec le président tchadien.

La confusion sur le sort des Français alimente également les soupçons de manipulation politique. Alors que le ministère tchadien de la Justice affirmait lundi soir l'inculpation des membres de l'ONG pour «enlèvement de mineurs» et «escroquerie», Paris rétorquait mardi n'être au courant de rien, avant de confirmer les inculpations. Selon le code tchadien, les 16 Européens risquent une peine de travaux forcés pouvant aller jusqu'à 20 ans.

Un fiasco du gouvernement

Le rôle des autorités françaises demeure nébuleux. Depuis le début, le gouvernement enfonce l'ONG. Hier encore, un conseiller de Bernard Kouchner affirmait que les 103 enfants que l'Arche de Zoé sont en majorité «tchadiens avec des parents tchadiens» et non des orphelins du Darfour.

Chercherait-il à se dédouaner? L'Arche de Zoé assure que Paris ne lui a jamais clairement interdit de mener son opération de «sauvetage humanitaire». Or, selon Libération, qui a enquêté sur place, les autorités françaises savaient et ont laissé faire. L'armée française a même transporté par avion des membres de l'association et 2 tonnes de matériel le 21 août et le 19 septembre.

Il n'en fallait pas plus pour que l'opposition socialiste monte au créneau. Elle demande au gouvernement «de s'expliquer sur ce fiasco». «Cette douloureuse affaire porte la responsabilité du gouvernement puisque l'État était au courant de cette opération, l'armée ayant même prêté des hélicoptères», a-t-elle accusé.