Emmanuel et les jeunes talents

L'art de servir une belle mousse de chez nous se pratique jusqu'à Singapour. (photo EdA)

Si vous passez par Singapour, vous ne verrez pas Emmanuel Stroobant derrière les pompes à bière du Brussels Sprouts...

Huit ans après avoir débarqué à Singapour, Emmanuel Stroobant passe désormais le plus clair de son temps derrière un ordinateur. À la tête de restaurants réputés, il surveill e la bonne marche de ses affaires gérées par des associés actifs, et en prépare d'autres...

Ce Liégeois de 39 ans illustre à sa façon le dynamisme wallon, un dynamisme qui s'exporte très bien.

Emmanuel Stroobant est né dans l'horeca. Et il a beaucoup bossé chez nous dans la restauration avant de changer d'air en 1995.

L'Australie, la Malaisie, puis le point de chute, Singapour, en 99. « Cela aurait pu aussi être Hong-Kong où il y a également moins de restrictions qu'en Chine ».

Avec 60.000 euros en poche, dont 20.000 empruntés, notre Liégeois ouvre le Saint-Pierre, un restaurant de luxe qui devient très vite la référence dans la ville-État. Le niveau 2 étoiles, 750 vins à la carte, une clientèle d'affaires surtout, des prix comparables à ce qu'on trouve chez nous à ce niveau. L'investissement a été rentabilisé en moins d'un an !

« On sera, je touche du bois, Relais et Château l'an prochain », rêve tout haut Emmanuel Stroobant qui attend de pied ferme les inspecteurs du guide Michelin dès qu'ils débarqueront à Singapour.

Ici, les additions s'expliquent en bonne partie par le coût du terrain. Le deuxième enfant d'Emmanuel Stroobant est le San Marco, un italien chic au 8e étage de l'ancien phare. 25000 euros de location le mois...

Le cinquième restaurant de la saga n'a pas été ouvert pour les Belges de passage. Ce sont surtout les Singapouriens qui sont séduits par la carte de 97 bières de chez nous. À la pompe, la Stella est de loin la star la plus désirée.

Brussels Sprouts. Parce qu'on y sert des choux de Bruxelles ? « Au contraire, les Singapouriens ne les aiment pas. Ils retiennent plutôt "Bruxelles s'épanouit"... »

À ciel ouvert, sous un parasol célébrant la Hoegaarden à hauteur de l'équateur, on dévore ici plus de cent kilos de moules par jour. De Zélande ou d'Australie, selon la saison. 38 dollars singapouriens la casserole d'1 kilo. Divisez par deux pour avoir le prix en euros.

«Depuis qu'il n'y a plus de liaison aérienne directe avec Bruxelles, c'est de plus en plus difficile d'importer des produits frais de Belgique», explique Emmanuel Stroobant.

Le « groupe Stroobant » occupe aujourd'hui 140 personnes, dont 19 européens. « Je cherche du personnel qualifié, de jeunes talents qui ont envie de tenter l'aventure. Billet d'avion, permis de travail, blanchi, nourri, logé, je prends tout en charge. La paie est celle d'ici. Entre 1 800 et 2000 dollars singapouriens, ce qui assure le niveau de chez nous avec le même montant en euros. On peut monter jusqu'à 4 - 5 000. Et, vous pouvez le constater, ce n'est pas travailler entre les cocotiers et les singes...», lance-t-il en pointant les gratte-ciel...

Un homme averti en vaut deux : « Si vous aimez fumer un joint, arrêtez deux mois avant de prendre l'avion. Cela fait partie des contrôles à l'arrivée.»

+ Prolongez l'info dans Vers l'Avenir, L'Avenir, Le Jour, Le Courrier de ce mercredi 31 octobre.