Les voitures "cadeaux" de l'ICDI

Les affaires à Charleroi n'en finissent plus. (photo EdA - Jacques Duchateau)

Une trentaine de travailleurs de l'ICDI - et même son conseiller juridique - ont bénéficié de véhicules non déclarés. Et ce pendant plus de huit ans, de 1998 à 2006. Une information exclusive.

Pendant plus de huit ans, de janvier 1998 à mars 2006, une trentaine de travailleurs de l'intercommunale de collecte et de destruction des immondices de Charleroi (ICDI) ont bénéficié de l'usage privé de véhicules d'entreprise sans qu'ils soient déclarés sur leur fiche fiscale. L'infraction fait l'objet d'un procès-verbal de l'office national de sécurité sociale pour «calcul des cotisations sur base d'une rémunération différente de celle des agents ou d'une rémunération incomplète».

À l'époque des faits, l'institution était dirigée par Lucien Cariat, qui présidait aussi son conseil d'administration. Tout laisse penser que l'ancien échevin de Marcinelle accordait des faveurs à certains employés et cadres. À commencer par son fils, directeur d'exploitation de l'entreprise. Mais aussi à des personnes étrangères au payroll de l'intercommunale dont une liste établie par la contrôleuse sociale fait mention : on y trouve non seulement des secrétaires et collaborateurs de la Ville occupés dans les départements de Cariat, mais aussi le conseiller juridique de l'ICDI, l'avocat Roger Lorent.

Ce sont des auditions de la police fédérale qui ont permis de dresser un listing des bénéficiaires de ces avantages occultés. Un tableau récapitulatif affecte pour chacun d'eux la part d'utilisation privée et professionnelle. Au terme de l'analyse que les inspecteurs ont opérée avec le premier substitut de l'auditeur du travail Charles-Éric Clesse, il ressort qu'aucune déclaration n'a jamais été faite de ces véhicules de société à la sécurité sociale pour la période de janvier 98 à mars 2006. Ce qui représente une fraude considérable.

Le relevé dont nous avons pris connaissance comporte les noms de nombreux proches de Lucien Cariat. Outre son fils Luc et sa belle fille, chargée de communication, de loyaux collaborateurs de son état-major y apparaissent : on y trouve notamment Christian Blondeel, ex-directeur financier de l'ICDI inculpé en mai 2006 pour faux et usage de faux, Abdelati Laakairi, l'architecte attitré de l'intercommunale, Jean-Louis Pireau, responsable de l'usine de Pont-de-Loup et Claude Pireau, qui assurait la sécurité de l'entreprise. Bernard Van Dyck figure aussi sur la liste : attaché à une filiale de l'ICDI, il avait une voiture de l'intercommunale qu'il ne déclarait pas. En dehors des sanctions que risquent l'ICDI et son ancien président, les bénéficiaires s'exposent à des réclamations du fisc pour les avantages qu'ils lui ont caché. À suivre...

+ Des commissions secrètes au Val d'Heure : retrouvez cet article dans Vers l'Avenir, L'Avenir, Le Jour, Le Courrier de ce mercredi 31 octobre.