Paul Potts : le vendeur devenu chanteur d'opéra

C'est la nouvelle star du chant classique. Paul Potts prend sa revanche sur les railleries. Concurrent timide d'un show télé, son talent émeut le monde anglo-saxon.

Un physique commun, voire ingrat. Un métier de vendeur de GSM commun, voire ingrat. Une enfance commune, voire ingrate. Paul Potts aurait voulu ne pas se limiter à la chorale de l'église. Chanter en public. Sans oser. Le chant était pour lui la consolation face à toutes ces frustrations.

Aujourd'hui, le vendeur de téléphones gallois est une star. Grâce à Britain's got Talent, une sorte de Star Ac' anglaise dont il vient de remporter la 1re édition. Grâce à YouTube aussi. Mais surtout grâce à sa personnalité effacée et grâce à son talent. Grâce enfin à son destin malheureux.

En 1999, avec le prix d'un concours télé additionné à ses économies, Potts s'offre des leçons de chant en Italie. Le chant, qui n'avait été qu'une consolation face aux brimades, devient un loisir. Potts est un excellent élève. Il gagne le droit de chanter en face de Pavarotti. Un rêve. La boutique de GSM et sa clientèle de beaufs paraissent bien loin.

Tout s'enchaîne. Paul Potts entame une petite carrière de chanteur amateur. Mais la poisse s'obstine. Lors d'une banale opération de l'appendicite, on lui découvre une tumeur. Ôtée avec succès, heureusement. À peine rétabli, Paul se casse la clavicule en tombant de vélo. Il abandonne sa carrière de chanteur classique amateur. Potts est maudit.

C'est ce Paul Potts au bout du rouleau qui pointe sa dégaine mal assurée aux éliminatoires du show Britain's got Talent. Il n'a plus un balle. Il veut tenter sa chance. L'émission est retransmise en différé le 9 juin 2007 sur ITV, la chaîne commerciale anglaise la plus puissante. Dans son costume bas de gamme mal ajusté, Potts ose à peine regarder les 2000 personnes qui assistent à son audition. Son sourire forcé entre ses dents écartées fait frémir le jury. Les trois peoples qui le composent craignent le pire quand Potts annonce un air d'opéra. Les sourires se crispent.

Mais après son interprétation du «Nessun Dorma» de Puccini, public et jury sont à ses pieds. Les larmes aux yeux. Car quand Paul Potts chante, il se transforme. On ne voit plus en lui le fils du chauffeur de bus et de la caissière. Potts est une voix. La performance atterrit immédiatement sur YouTube. Et de l'Australie aux USA, de Taiwan à l'Irlande, on commente sa prestation. Son surgissement médiatique est vu plus de 20 millions de fois sur YouTube.

Le reste du concours est une formalité. Paul Potts remporte la finale une semaine plus tard. Onze millions de téléspectateurs assistent à son couronnement.

Et Paul Potts sort son premier album. Il reprend aussi bien des classiques du chant lyrique que des tubes «opéra» plus récents et des chansons pop. «One Chance» est numéro 1 partout dans le monde anglo-saxon. Il vend plus qu'Helmut Lotti, André Rieu et Richard Clayderman réunis. Et les dépasse de loin en capital sympathie.

Paul vit plus confortablement, grâce à la prime de victoire de Britain's got Talent et à son contrat avec la major du disque Sony-BMG. Il a emmené sa femme en safari. Il veut aussi se refaire les dents. Et s'habiller de costumes plus chics. Mais pas question de jeter celui qu'il portait lors de son audition. Il lui rappelle d'où il vient.

En vidéo sur actu24.be : http://www.actu24.be/article/48322.aspx