L'hélicoptère utilisé par les complices de Banallal n'était pas prévu pour voler de nuit. Daniel Michau, le pilote otage, a risqué sa vie. Récit.

Daniel Michau , 57 ans, compte 13000 heures de vol. Dimanche, à 17h50, sa vie a basculé : sous la menace des armes, il était bien malgré lui contraint de participer à l'évasion de Benallal.

Deux hommes sont arrivés dans la société nivelloise pour laquelle Daniel travaille. «L'un était très excité, le second était brave, raconte le pilote. Celui-ci nous a dit : "OK, tenez-vous calme. Tout va bien se passer. Il n'y aura pas de problème. Ce soir, vous serez à la maison". Mais il a quand même tiré un coup en l'air avec sa kalachnikov.»

Dans l'atelier, tout le monde est plaqué au sol. Le plus excité des deux comparses de Benallal lance : «Allez, on y va, on est parti.»

Daniel, le pilote, tente de le calmer. «Il fallait qu'il collabore, nous explique-t-il. Ce type d'hélico n'est pas prévu pour voler la nuit. Il devait donc m'éclairer le tableau de bord à la lampe torche.J'ai dû piloter à l'aveuglette.»

L'hélicoptère décolle. «Il n'avait pas de plan de vol, se souvient Daniel. Je suis monté à 1 500 pieds (environ 500 m) pour ne pas être pris par une ligne à haute tension.»

L'hélicoptère survole l'autoroute E19, direction Bruxelles. Puis, à Ittre, le pilote est obligé de bifurquer. Objectif : la prison. «Ils m'ont indiqué avec précision la cour dans laquelle je devais atterrir, raconte Daniel. Benallal s'est installé à bord, accompagné d'autres détenus. Je lui ai dit que nous ne pouvions pas redécoller, car nous étions trop lourds. Il m'a dit de le faire. J'ai essayé, l'hélicoptère s'est élevé un mètre au-dessus du sol, puis il est retombé. Les prisonniers ont été éjectés. Nous avons redécollé à deux, puis nous sommes revenus.»

Cette fois, Benallal entre dans l'habitacle et se cale entre le pilote et son complice. «L'hélico peut décoller à trois, mais il faut mettre les gaz à fond», observe Daniel.

Malgré la surcharge, le pilote parvient à arracher son hélico du sol. Mais surprise, deux détenus sautent et s'accrochent aux barres d'atterrissage. L'hélicoptère pique du nez. Le crash est inévitable. «L'appareil est retombé sur le sol, complètement retourné.»

Daniel est éjecté, projeté à travers le pare-brise à une dizaine de mètres. Il est blessé : le genou est touché, l'épaule aussi. Pour preuve de son histoire, une attelle lui maintient son épaule.

La suite? Elle est connue : Benallal et son complice prennent un gardien de la prison en otage, et s'enfuient en auto.

«Je suis resté trois heures à la prison, explique encore le pilote. Ce sont des détenus qui m'ont apporté du café et une couverture. Je les remercie. Je remercie aussi le policier qui m'a donné son GSM privé pour que je puisse appeler ma famille, en France.»

Car Daniel, qui a deux enfants, est originaire de Biarritz.