Un Belge avec "L'Arche de Zoé"

Les responsables de l'association ont été présentés à la presse, menottés. (photo Belga)

Un pilote belge a été interpellé dimanche à N'Djamena. Il avait acheminé des enfants depuis la frontière tchado-soudanaise vers Abéché, dans l'est du Tchad, pour qu'ils soient emmenés en France par l'association Arche de Zoé.

Ce pilote, Jacques Wilmart, "a été arrêté et mis en garde à vue à N'Djamena", a affirmé un responsable tchadien sous couvert de l'anonymat. Au total, dix sept Européens sont en garde à vue au Tchad dans le cadre de l'enquête sur la tentative controversée de transport de 103 enfants depuis Abéché vers la France.

Neuf Français - des membres de l'association et trois journalistes - ainsi que les sept membres espagnols de l'équipage de l'avion qui devait effectuer la liaison entre le Tchad et la France, sont en garde à vue depuis jeudi à Abéché dans l'attente d'une probable inculpation.

Contacts avec le consul

Le pilote belge avait affirmé vendredi avoir réalisé plusieurs rotations ces dernières semaines, notamment depuis Adré, ville tchadienne frontalière du Soudan, pour acheminer à Abéché des enfants "très mal en point" qui devaient ensuite être "évacués" vers la France par l'Arche de Zoé.

"Le pilote a été en contact avec le consul de Belgique à Tripoli. Ils ont eu deux contacts téléphoniques", a indiqué François Delhaye, porte-parole des Affaires étrangères. Tripoli est le poste diplomatique compétent pour le Tchad vu que la Belgique n'y a pas d'ambassade.

Depuis l'annonce de cette arrestation, le consul de Belgique à Tripoli tente de prendre contact avec les autorités tchadiennes, précise M. Delhaye.

Jugés au Tchad?

Les responsables de l'opération "répondront de leurs actes" au Tchad, a prévenu dimanche l'ambassadeur de France dans ce pays. "C'est une opération complètement illégale", a affirmé Bruno Foucher au sujet du projet "Children Rescue". La garde à vue, prolongée samedi de 48 heures, prendra fin lundi. Ensuite, "je crois qu'ils seront probablement transférés à la maison d'arrêt", a déclaré dimanche le ministre tchadien de l'Intérieur Ahmat Mahamat Bachir.

La France a amorcé une série de contacts diplomatiques avec le Tchad et le Soudan, qui a créé une commission d'enquête sur cette affaire, mais s'est vivement désolidarisée des responsables français de l'Arche de Zoé. "La justice a été saisie en France ainsi qu'au Tchad, ceux qui se sont lancés dans cette affaire seront jugés", a ainsi averti l'ambassadrice de France à Khartoum, Christine Robichon, convoquée dimanche au ministère soudanais des Affaires étrangères.

Son homologue au Tchad, qui ne s'est pas rendu auprès des gardés à vue lors de sa visite dimanche à Abéché, s'est contenté de déclarer que la France appliquerait "les textes de protections consulaires". A Paris, le ministère des Affaires étrangères a mis en place une "cellule de crise" sous la houlette de la secrétaire d'Etat Rama Yade, chargée notamment de suivre "la situation sanitaire et l'état psychologique des 103 enfants qui devaient être transportés en France en toute illégalité".

Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner a eu "un entretien téléphonique" avec le président Deby, "auquel il a exprimé sa solidarité avec les enfants", a annoncé le Quai d'Orsay. Le ministre "a attiré l'attention du président Deby sur la situation des personnes détenues et a exprimé, par ailleurs, sa disponibilité et celle de Mme Rama Yade à se rendre au Tchad".

"Enlèvement et trafic d'enfants"

Les autorités tchadiennes ont accusé verbalement les responsables de l'opération d'"enlèvement" et "trafic" d'enfants, et le président Deby a menacé de les sanctionner "sévèrement". Dès le début de l'affaire, jeudi, la plupart des organisations humanitaires internationales présentes dans l'est du Tchad pour assister quelque 236.000 réfugiés du Darfour et 173.000 déplacés tchadiens ont pris leurs distances avec l'opération très controversée de l'Arche de Zoé.

Les dirigeants de l'association affirment toutefois que Paris ne leur a pas clairement interdit de mener leur opération. Ils expliquent en outre avoir monté l'opération pour "sauver de la mort" des "orphelins" affectés par la guerre civile au Darfour où le conflit a fait, selon l'ONU, 200.000 morts et 2,1 millions de déplacés.

L'Unicef a assuré pour sa part que les enfants étaient en "excellente santé", que la plupart étaient originaires du Tchad et que rien ne prouvait qu'ils étaient orphelins. Les enfants devaient être "accueillis" par des familles en France, moyennant finances, selon une source diplomatique.