Derrière un humour réputé vulgaire se dévoile, dans «Rire pour ne pas mourir», un homme qui a trouvé la foi au fil d'un parcours semé de larmes.

L'écriture de ce livre a été un cauchemar. C'est ce qu'avoue Jean-Marie Bigard qui, à plusieurs reprises, a d'ailleurs failli renoncer. Mais elle lui a permis de savoir d'où il vient, sur quoi il s'est construit et «combien le chemin a été long et douloureux». C'est un portrait insoupçonné que révèle Rire pour ne pas mourir. Sous son maquillage de clown, se découvre un homme qui traîne son lot de bosses.

À l'origine, pour le jeune homme né à Troyes en 1954 dans une famille ouvrière et dont les parents ont été, dans leur enfance, battus ou mal-aimés, il y a un double traumatisme : la mort de sa mère d'un cancer du pancréas et, un an après, l'assassinat de son père par l'ancien compagnon de sa nouvelle amie. À cette époque, Bigard, qui a une vingtaine d'années, est serveur dans un café du centre-ville dont, par sa faconde et son entrain, il a fait le succès.

Après «deux ans et demi d'hiver», ce handballeur qui a de temps en temps sa photo dans la presse locale devient prof d'éducation physique. Deux événements surviennent à la veille de ses 30 ans : la mort d'un ami proche et l'incendie de son appartement. Privé d'attaches dans sa ville natale, ce «boute-en-train qui a toujours le mot pour rire» et qui, enfant, singeait Robert Lamoureux dans la cour de récréation, monte à Paris tenter sa chance chez «le pape des comiques», Philippe Bouvard. Qui, s'il lui reconnaît des talents d'auteur, ne le fera jamais entrer dans son Petit Théâtre. Et, en 1987, Bigard devra patienter six mois avant d'être admis dans La Classe de Fabrice, où il se liera avec Baffie et Palmade. Suivent ses premiers spectacles, au Point Virgule puis au Splendid. Et sa révélation de la prédestination et de Dieu. Trois mois après son mariage, sa femme, une danseuse brésilienne rencontrée au Club Med, est atteinte de septicémie. C'est lui qui la sauve en ne lui lâchant pas la main sur son lit d'hôpital. Il l'empêche en effet d'être «emportée», comme elle le lui expliquera, par un être représentant Shiva pour les Indiens, soit Dieu lui-même. Sa foi ne cesse de le porter depuis. Il est convaincu «que la vie à un sens» et que toutes les embûches parsemant son chemin - son diabète, sa fracture du poignet à la veille de Bercy, l'échec cuisant de son film, L'Âme soeur - sont autant de «signes divins».

C'est à cette époque, également, qu'il écrit un spectacle, BIG ARD, où, pour la première fois, il «revendique d'incarner le vulgaire». Devenant ainsi le comique le plus populaire de France. Mais aussi le plus controversé.

Jean-Marie Bigard, «Rire pour ne pas mourir», Oh éditions, 244 p., 19,90 €