Négociations gouvernementales: fatigués, les héros dérapent

Négociations gouvernementales: fatigués, les héros dérapent

La fatigue aidant, les négociateurs se mordent le nez. (photo Belga)

La pause d'une semaine se résumera à quatre jours. Les négociateurs n'en peuvent plus. On est proche de l'agression physique. Analyse  à lire dans Vers l'Avenir, le Jour et le Courrier.

Les héros sont fatigués. Leur état menta l se situe quelque part entre le désespoir et la crise de nerfs. Patrick Dewael (Open-VLD) a failli gifler Joëlle Milquet (cdH). Sabine Laruelle (MR) a hurlé de rage jeudi quand on a marché sur ses projets pour les indépendants. On chicane, on reporte, on s'emporte. L'ambiance au sein de l'orange bleue est devenue insupportable. Hier, ça ne s'est pas amélioré.

La faute à qui? À l'intraitable Joëlle Milquet, disent les libéraux et le CD & V. À la famille libérale qui se déchire, disent les humanistes. Dans une interview au journal «Le Soir», Olivier Maingain (MR-FDF) clame que la nomination des bourgmestres francophones de la périphérie bruxelloise (BHV) est un préalable à toute discussion sur l'institutionnel.

Détail piquant : le ministre flamand qui a la main mise sur ces nominations se nomme Marino Keulen, il est VLD. Furieux, il a fait savoir que Maingain n'avait rien à dire sur ce qui se passe en Flandre. «Les discussions institutionnelles ont déjà débuté depuis longtemps», a répondu Didier Reynders (MR) d'une pirouette qui cache mal l'embarras.

Ce n'est pas tout. «Le VLD part en vrille depuis deux semaines. C'est-à-dire depuis l'affaire Moerman et depuis que Malines vit un petit Charleroi», glisse un observateur. Fienjte Moerman, qui a démissionné, est suspectée dans l'attribution d'un marché public. Malines, avec plusieurs échevins soupçonnés de corruption, est la ville de Bart Somers, président du VLD, négociateur. Un fonctionnaire de la ville a été arrêté et inculpé vendredi. Les affaires n'épargnent plus ni la Flandre ni l'Open-VLD.

La présidente du cdH très en flèche «seule contre tous» n'améliore rien à la situation. Joëlle Milquet suscite une profonde incompréhension chez les Flamands. «Que fait le cdH à gauche?, s'interroge-t-on. Des socialistes et des écologistes, il y en a en Wallonie. La démocratie chrétienne, c'est autre chose», susurre-t-on, peu charitable.

La méthode Leterme achève de pourrir l'ambiance. Chaque fois qu'un point accroche, le formateur déplace le problème «à plus tard» plutôt que d'imaginer le moindre compromis. «C'est bien simple. Il ne propose rien et il n'assume rien. Il remet obstinément ses idées à lui sur la table», explique un proche de l'affaire. L'orange bleue est obligée de tourner sur elle-même, sans impulsion, avec un formateur aussi laborieux que peu créatif.

Bref. Tout ce petit monde est irrité et irritable. Seuls deux hommes résistent, pour le moment, à cette folie. Didier Reynders et Yves Leterme. Ils ont la même formule pour le dire. «Pas mon genre de monter dans les tours», clament-ils, sourire ironique posé sur les lèvres.

Hier, tout le monde s'est remis à table. Mais l'orange bleue a pris du retard sur le programme annoncé. On parle emploi et cela se nomme: «mériter le bien-être ensemble». Le MR se retrouve assez bien dans les propositions Leterme mais le VLD nettement moins. Le cdH ferait une allergie à tout ce qui parle des chômeurs. Bref, du boulot pour le week-end.

Un ultime motif de tension s'est ajouté vendredi. Le Conseil d'État a coulé par le fond les amendements des parlementaires francophones aux projets de scission de BHV. Un dossier qui reviendra au Parlement le 7 novembre. Dans douze jours. Notre bric-à-brac commence à faire un sacré bruit. Même Poutine, président de la Russie, s'est ému hier de l'évolution de notre pays.

+ Prolongez votre informations dans Vers l'Avenir, le Jour et le Courrier.