Sadia, 20 ans, victime d'un frère intégriste

Sadia, 20 ans. À Lodelinsart , la jeune femme d'origine pakistanaise refusait le mariage forcé. Elle est morte sous les balles de son frère intégriste. Hommage, hier, dans son école. Notre reportage complet à lire dans Vers l'Avenir, le Jour et le Courrier.

Un parfum de révolte régnait lors de l'hommage des élèves de l'HEPCUT à leur camarade assassinée. Ils étaient près de 200 étudiants, professeurs et parents d'élèves à se rendre hier à la Haute École provinciale de Charleroi pour rendre un dernier hommage à Sadia (lire encadrée). Dans la classe qu'elle fréquentait régulièrement, des fleurs ont été déposées au pied d'une grande photo. Un livre d'or a été ouvert pour soutenir le compagnon de Sadia qui, par mesure de prudence, a été prié par la police de se tenir à l'écart. «On lui a dit qu'on ne pouvait assurer sa sécurité», clame la belle-maman d'une étudiante. «Est-ce normal dans un état comme le nôtre où l'on protège parfois les malfrats?»

Hier, la crainte des représailles était perceptible au sein des étudiants qui ont préféré conserver l'anonymat, tout en voulant clamer leur colère et fustiger le comportement intégriste de la famille de Sadia. «Elle souriait tout le temps. Et pourtant, c'était sans doute celle qui avait le plus de problèmes parmi nous», raconte une amie. «Elle avait vraiment toutes les qualités. Mais ses proches la trouvaient trop occidentales et cherchaient à la récupérer. Ils ont fait ça sournoisement. C'est un meurtre avec préméditation et toute sa famille est responsable.»

En toute intimité, à l'écart de la presse, les élèves ont tour à tour pris la parole. Un papa, qui a hébergé la jeune fille temporairement lorsqu'elle a quitté sa famille, a rappelé avec émotion la joie de vivre de Sadia qui, semble-t-il, pressentait qu'une chose grave allait lui arriver. «Au début du mois d'octobre, elle nous a en quelque sorte confié son testament, poursuit une camarade. Elle voulait que tout son argent soit cédé à un orphelinat. Comme nous ne pouvions y avoir accès, nous avons réalisé une collecte et récolté 750 €.»

Présents en nombre au funérarium de Fleurus ce jeudi, les étudiants n'ont pas osé se rendre à la mosquée pour la levée du corps de Sadia, avant son envol pour le Pakistan.

Une enseignante nous interpelle : «Désormais, la classe que Sadia fréquentait devrait porter son nom. Et une photo prendra place à la première page de mon syllabus. Quand les étudiants me poseront des questions, je pourrai leur raconter son histoire. Vous savez, depuis 30 ans que j'enseigne, c'est la 4 ou 5e fille victime de l'intégrisme, ici, à Charleroi. L'une d'elle a carrément disparu de la circulation du jour au lendemain.» Et tout ça, sans attirer l'attention des autorités.

Une marche sera organisée par les amis de Sadia le 14 novembre. Des infos plus précises suivront.