Carlos Rodriguez : "Détrompez-vous, Justine est fatiguée"

Carlos Rodriguez : "Détrompez-vous, Justine est fatiguée"

"On estime qu'avec ses moyens physiques, 70 matches sur la saison est un maximum", dit Carlos Rodriguez précisant que si Justine va au bout du Masters, elle en sera à 67... (photo Belga)

Carlos Rodriguez parle, pour la première fois depuis l'US Open. "Justine est fatiguée, comme les autres, mais elle a appris à adapterson jeu", dit son coach. Interview.

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Carlos, aujourd'hui quand Justine Henin gagne tout le monde trouve ça normal, vous vous attendiez à une saison pareille...
Je n'y pensais pas une seconde. Je prévois toujours le mal, je me prépare au pire, c'est une qualité ou un défaut, au choix (sourire). Quand tout va bien, c'est beaucoup plus facile pour moi. Lorsque ça va moins bien, je dois avoir une réponse préparée, un plan B ou C. En début d'année, il était très difficile de dire où on allait. En deux ans, Justine a atteint les demi-finales de chaque tournoi qu'elle a disputé, sauf à Miami 2006. Les gens ne comprennent pas que, pourtant, avant chaque premier tour, il y a le stress, l'angoisse, de savoir où elle va, si elle est bien préparée. Ce n'est pas un cliché pour journalistes, mais un des secrets de sa réussite. La place de numéro un ne lui garantit pas la victoire, au delà du niveau de chacune, l'adversaire reste un obstacle à franchir.

Les gens se demandent déjà qui peut la battre au Masters de Madrid. Jankovic a disputé 94 matches cette année, un tous les 3 jours en moyenne, elle a l'air carbonisée. Au contraire, les Williams n'ont pas beaucoup joué. Mais dans quel état se trouve Serena? Et Venus a perdu deux finales à sa portée en Asie. Sharapova n'a plus joué depuis l'US Open...
Il y en a... sept qui peuvent la battre! La différence entre Justine et le reste, c'est qu'elle est performante tout le temps quand les autres connaissent des hauts et des bas. Mais sur une semaine il y en a toujours une qui peut faire un malheur. Le Masters est un tournoi à hauts risques. Il n'y a que le Top 8. Pas de mise en jambes. On tombe de suite sur une bonne. C'est très ouvert. Encore plus cette année, je dirais même...

Après avoir fait l'impasse sur l'Australie et avec 13 tournois disputés jusqu'ici, Justine a l'air de finir l'année plus fraîche.
Détrompez-vous, elle est fatiguée. Et c'est normal. Les péripéties de sa vie privée, positives et négatives, lui ont pompé énormément d'énergie. Elle assume le statut de numéro un et ce qui va avec depuis Doha début mars. Si elle n'a joué «que» 13 tournois, cela représente tout de même 62 matches. 67 si elle va au bout du Masters. En 9 mois, cela signifie un tous les 4 jours. Or, on estime qu'avec ses moyens physiques 70 est un maximum.

Elle n'en continue pas moins de gagner, des matches que, peut-être, elle aurait perdu dans les mêmes conditions par le passé...
... Aussi parce qu'elle continue d'évoluer, dans l'humain et la gestion des rencontres. Il n'y a pas que le résultat qui compte, c'est même la seule chose qu'on ne maîtrise pas. Elle se connaît aujourd'hui beaucoup mieux, elle agit plus en accord avec ses valeurs, et, sur le terrain, elle devient plus lucide et intelligente tactiquement, elle gère mieux ses efforts pour ensuite faire apparaître ses meilleurs coups le moment venu. C'est ce que j'ai apprécié en finale à Zurich. Plus qu'à Stuttgart, elle y a accepté son état, et joué en fonction. Elle était moins bien qu'à l'US Open, au service, à la volée notamment, elle l'a senti, mais, en même temps, avec son vécu de 10 ans, elle se rend compte aussi de son potentiel, et le fait sentir aux autres.
Elle voit Roger Federer évoluer et, même si le tennis des garçons est différent, elle se dit qu'elle capable de produire, plus ou moins, la même maîtrise, le même jeu.
La désillusion de Wimbledon fut cruciale, un grand pas en avant! Une fois évacuée, Justine a cherché à comprendre comment elle en était arrivée là. Elle m'a aussi plus écouté, quand tant d'autres n'en font qu'à leur tête sur le circuit. Je peux lui donner des outils, mais c'est à elle d'en faire usage, de trier ce qui peut lui être utile, en sachant bien qu'elle ne peut tout gérer seule aussi grande championne soit-elle.

L'an prochain, elle va jouer plus?
Non... peut-être même moins. On en parlera après le Masters, mais comme les jeux de Pékin seront sa priorité numéro un et que, cette fois, il y aura l'Australie, il faudra faire des choix et préparer les grands événements.

Samedi, Steffi Graf l'a invitée pour une exhibition à Mannheim...
... Elle n'en revenait pas qu'elle le lui ait demandé, et pour aider des enfants en plus. Steffi, pour Justine, cela remonte au fameux match de Roland Garros Graf-Seles auquel elle a assisté gamine, et à la promesse faite à sa maman d'être un jour à la même place sur ce court central. C'est à ce niveau émotionnel. Elle n'aurait jamais voulu l'affronter en tournoi, cela aurait été too much. Steffi Graf l'a inspirée. Je leur trouve la même attitude, volonté, détermination, soif de vaincre, avec quelque chose de mystérieux à l'intérieur. Justine en inspire peut-être d'autres aujourd'hui, comme Tatiana Golovin l'a laissé entendre dimanche, mais pouvoir faire plaisir à Graf reste un honneur et un bonheur pour elle.

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