L'Europe s'attaque aux pesticides

L'Europe s'apprête à réglementer plus sévèrement l'usage des pesticides. Mais l'industrie et les agriculteurs grognent.

L'Europe s'apprête à renforcer la protection des citoyens et des abeilles contre les pesticides, au risque de fâcher industries et agriculteurs.

Alors que 300 000 tonnes de «substances actives» de pesticides (les composants essentiels du produit) ont été vendues dans les 15 anciens Etats membres de l'UE en 2002, le Parlement européen va s'atteler, ce mardi, à mettre à jour une législation de 1991 sur l'autorisation de mise sur le marché des pesticides.

Selon le projet adopté par la commission de l'Environnement du Parlement, les substances actives autorisées seraient listées par l'UE, en tenant compte de leur impact négatif sur les hommes mais aussi sur des espèces, comme les abeilles. Pour limiter les risques, les substances les plus dangereuses cancérigènes, toxiques pour la reproduction, neurotoxiques... devraient tout simplement être interdites.

Si le Parlement suit sa commission Environnement, la plupart des substances seront autorisées pour 10 ans. Une fois cette liste établie, il reviendra à chaque Etat membre d'autoriser ou non des produits contenant ces substances.

Pulvérisation aérienne

Mais les eurodéputés semblent divisés et certains craignent d'imposer trop de contraintes à la puissante industrie chimique européenne qui a déjà entamé une forte campagne de lobbying contre le texte. Un autre puissant lobby risque de s'y opposer : les agriculteurs.

Une des mesures phares de ce texte est en effet l'interdiction, sauf dérogations, des pulvérisations aériennes, très prisées dans la viticulture. Le projet, tel que renforcé par la commission Environnement, interdit également l'utilisation des pesticides dans tous les parcs, jardins publics, cours de récréation, et autres zones résidentielles, ainsi que leur application dans une zone tampon de 10 mètres autour de tous les cours d'eau.

«Nous soutenons l'objectif de la directive mais nous avons un problème sur l'introduction de trop de contraintes pour les agriculteurs», râlait Eduard Slootweg, un porte-parole du groupe du Parti populaire européen (PPE, conservateur), qui estime notamment estimé que la zone tampon des 10 mètres interdirait 35% des terres aux pesticides aux Pays-Bas.

Objectifs chiffrés

Un autre point risque encore de diviser les députés : l'introduction d'objectifs chiffrés de réduction de l'utilisation de pesticides. Moins 25% sur cinq ans et moins 50% sur dix ans.

Dans sa proposition de juillet 2006, la Commission européenne préconisait seulement que chaque Etat membre définisse des «mesures et des calendriers» pour réduire la dépendance aux pesticides.

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