«Qui suis-je?» On peut toujours répondre par la boutade, par une esquive à la Pierre Dac. Mais non, la question est là, en grosses lettres, sur la couverture d'un bouquin, à la vitrine du libraire. Inutile de fuir, de refuser la vérité en face. Je pousse la porte. Je vais enfin savoir, débusquer le monstre ou l'ange qui sommeille en moi...

Pas de chance: au moment de poser la main sur ledit livre, d'autres me sautent à la figure, m'interpellent: «C'est encore loin le bonheur?» et «Pourquoi est-il si difficile d'être heureux?» Franchement, je n'en sais rien, moi. Que lui répondre? Deux fois, dans les cordes, coup sur coup! C'en est trop, je me détourne.

Mais les livres ont décidé de ne pas me laisser tranquille aujourd'hui. Sur la table à côté, une couverture me lance: «Pourquoi les femmes font-elles peur aux hommes?» Et sa voisine, narquoise: «Comment dire à un homme qu'il a la braguette ouverte?» J'ignorais, jusque-là, que ce genre de préoccupation embarrassait la gente féminine. «Pourquoi les femmes se prennent la tête?», insiste un autre bouquin. C'est le mystère...

«Et moi alors?» me dit un petit cartonné. Revenons-en donc à la question initiale: «Êtes-vous trombinophobe?» «Pourquoi est-ce si dur de changer?»... Décidément, les éditeurs se sont passé le mot avec leurs questions existentielles. Vous avez envie de comprendre? N'hésitez pas: achetez des livres. À défaut de trouver les réponses aux questions que vous posez, vous trouverez au moins des questions que vous ne vous posiez pas.