Après, il faudra parler chiffres

Le président du Mouvement ouvrier chrétien est inquiet. (photo EdA - Philippe Berger)

Thierry Jacques prévient. Après les (gros) mots, il faudra chiffrer les accords de l'Orange bleue. Vu les perspectives budgétaires, les choix sont cruciaux. Interview.

Après d'interminables disputes communautaires, les négociateurs de l'Orange bleue ont abordé, enfin, les dossiers qui vous préoccupent.
C'est vrai. Maintenant, ils prennent le problème à l'endroit : l'emploi, la fiscalité, la sécurité sociale, les dossiers qui intéressent les gens. L'image donnée c'est : on travaille sérieusement, on a avancé. Cela ne veut pas dire grand-chose mais l'image est celle d'un gouvernement qui est en train de se former.

Écolos et socialistes resteront sur le carreau. Vous étiez, vous, partisan d'une convergence des gauches.
En terme de cohérence de programme, l'Olivier aurait mis beaucoup moins de temps à se former. Ici, on a affaire à une alliance contre-nature bis. On en voit les difficultés. Ce n'est pas nécessairement ce gouvernement-là qu'on aurait souhaité, c'est clair. Les perspectives ne sont pas rassurantes, mais bon...

Cependant, l'accord de gouvernement est encore loin d'aboutir.
Les deux défis qui vont maintenant se poser aux négociateurs c'est primo la question institutionnelle et secundo la question budgétaire. Jusqu'ici, on discute de textes, pas de chiffres. L'heure de vérité, c'est quand on en viendra aux moyens dévolus à ces politiques. Or les prévisions sont nettement revues à la baisse. L'Ires prévoit une croissance de 1,9% pour l'an prochain. En 2007, c'était 2,7%. La différence est énorme.

Peut-on s'en réjouir?
Non. Mais le budget, c'est une question de choix. Est-ce qu'on veut une protection sociale solidaire, une politique de santé, ou une réforme fiscale qui va davantage permettre à ceux qui ont des revenus déjà importants de payer moins d'impôts.

La réforme institutionnelle peut aussi coûter cher.
C'est clair que si on devait régionaliser le marché de l'emploi, les relations collectives et le droit du travail, on compliquera la vie de tout le monde. Des entreprises, des citoyens. Cela ne repose sur aucune analyse économique sereine. On est dans l'irrationnel.

L'image du monde politique en a encore pris un coup dans l'opinion.
Elle s'est détériorée, c'est vrai. Notez qu'il s'est produit quelque chose d'important lundi : un accord unanime de tous les partenaires de la santé (mutuelles, prestataires de soins, partenaires sociaux et gouvernement sortant) sur le budget Inami. C'est le signe que notre système de concertation sociale fonctionne. Et que pendant que la formation du gouvernement se traîne, les partenaires sociaux, eux, prennent leurs responsabilités.

La conclusion de cet accord ne pouvait attendre le futur gouvernement.
Il y avait urgence, oui. Pour que les soins de santé continuent à fonctionner. On dit que ce n'est pas trop grave s'il n'y a pas encore de gouvernement. Mais il faudrait par exemple que quelqu'un se préoccupe des petites gens qui ne savent pas payer leur mazout.

Qui a poussé à la charrettede l'accord soins de santé?
Il y a eu, d'abord, le rôle important joué par les partenaires sociaux, qui ne souhaitaient pas reporter. Du CD & V, ensuite, qui voulait aussi un accord maintenant. Les libéraux se sont laissés convaincre parce que le CD & V a mis la pression. C'est une indication, j'espère, de ce qu'il adoptera comme politique sur les sujets sociaux. J'espère qu'il sera plus convergent avec le cdH sur des sujets-là et qu'ils pourront contenir les volontés libérales.

Celles-ci passent quand même, on l'a vu sur le sujet de l'immigration contrôlée ou de la justice pour les plus de 14 ans.
C'est vrai dans ces dossiers. Nous sommes conscients des velléités combatives de Joëlle Milquet et de la volonté dont elle a dû faire preuve pour contrer l'Open VLD et aussi vraisemblablement le MR. Jusqu'ici, les résultats sont quand même préoccupants. Nous avons peur que le cdH continue à être isolé et que Joëlle Milquet ne se batte comme la petite chèvre de Monsieur Seguin. Valeureusement mais qu'au bout du compte, le combat soit inégal.

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