David Linx et le BJO d'une même voix

Le chanteur de jazz belge à la stature internationale se ressource sur ses terres avec la complicité du Brussels Jazz Orchestra.

Après des années en petites formations, David Linx revient au grand orchestre, plus exactement au BJO, le Brussels Jazz Orchestra. Un retour difficile? «Je ne me suis pas senti coincé par le big band comme on pourrait peut-être l'appréhender, explique David Linx. En choisissant douze arrangeurs pour douze morceaux, cela permet d'éviter d'avoir un scénario. Je me sentais avec eux comme dans un quartet, j'ai beaucoup parlé avec chacun sur la forme, puisque le fond était là.»

Voici donc une suite de douze pièces à la cohésion étonnante malgré la variété de climats exposés. «En Belgique, je me rends compte qu'on oublie d'où je viens et le big band offre une large palette de ce que je fais, des morceaux swing, des morceaux de Diederik Wissels et de moi...». On pointera déjà un remarquable arrangement du pianiste Michel Herr sur Black Crow de Joni Mitchell. Et aussi des invités «coup de coeur» dont la Portugaise Maria Joao, une des voix préférées de David Linx, présente sur deux pièces dont un frissonnant duo accompagné par le toucher tout en finesse de Nathalie Loriers mise aussi en évidence sur Bilhete avec Ivan Lins. La voix de la cantatrice d'opéra Nathalie Dessay apporte d'autres surprenantes couleurs sur un traditionnel du répertoire, Home In The Spring : «Nathalie n'est pas une chanteuse classique qui essaie de faire du jazz, nous restons chacun dans notre répertoire».

Avec Changing Faces, David Linx présente sans doute son projet le plus empreint de bonheur et de maturité, aussi le plus ancré dans ses racines : «C'est pour moi le disque stylistiquement le plus complet que j'ai fait. Si tu ne connais pas l'histoire du jazz, tu ne peux pas faire cette musique et pour aller vers demain, il faut connaître hier.» Réaliser cet enregistrement avec le BJO a aussi une valeur toute sym bolique pour David Linx : «C'est un peu retrouver mon pays en même temps que jouer avec des musiciens que je connais depuis si longtemps.»

Manifestement, David Linx et le Brussels Jazz Orchestra ont élargi une brèche, celle d'une osmose parfaite entre le sens de la tradition du grand orchestre et les voies nouvelles que trace le jazz européen : des invités comme le guitariste Manu Codja ou le pianiste Mario Laginha (auteur d'une lumineuse Sweet Suite avec le choeur des enfants de La Monnaie) ne sont pas pour rien dans la magie qui traverse tout cet album, sans doute une clé de voûte dans la discographie du chanteur.

J-P G.

«Changing Faces», David Linx et le BJO, 0 +/Harmonia Mundi.