CYCLISME Etat des lieux

Le peloton à l'heure de la récession

Dans un cyclisme en crise et en question, si Mattan ou Van Petegem ont choisi d'arrêter, beaucoup suivront contre leur gré.

Erwin Thijs a donné ses derniers coups de pédale dimanche. À 37 ans, le guerrier limbourgeois a décidé de raccrocher au terme d'une carrière discrète mais exemplaire de longévité, quinze saisons au plus haut niveau. Il a choisi, comme l'ont fait Mattan, Van Petegem, Baguet ou Axel Merckx quelques jours ou semaines avant lui. Et c'est presque un luxe dans le contexte actuel, le baromètre de l'emploi dans le peloton indiquant «nuages, horizon bouché». D'autres vont rester sur le carreau... à l'insu de leur plein gré.

Si chaque exercice amène ses quelques retraités, l'actuel annonce en effet une liste inquiétante quand on parle d'un contingent de moins de 110 pros belges. «C'est souvent faute de moyens, réagit Gérard Bulens. Cela traduit l'évolution des courbes : d'un côté des budgets qui stagnent ou se resserrent quand des cosponsors se désengagent, de l'autre des obligations ou implications qui augmentent...»

Le team manager de la formation Landbouwkrediet - Tönissteiner parle en connaissance de cause. Les nouvelles exigences UCI lui coûtent l'équivalent d'un contrat. Ce qui mènera sans doute son effectif 2008 à présenter 17 coureurs là où on en comptait 19 cette année. En face, Topsportvlaanderen, poursuivra seul vu le retrait de Chocolat Jacques et Unibet disparaît purement et simplement. «La situation se révèle de plus en plus critique, continue Bulens, j'en juge par les coureurs qui téléphonent, des noms connus qui sont victimes de la récession. On a voulu promouvoir le cyclisme, on est en train de redescendre d'une marche.»

Chez nous, derrière ceux qui ont pu fêter leurs adieux, certains suivront sans tambour ni trompette. Detilloux ou Marichal n'ont pas cherché de nouvel employeur mais l'essentiel de leur carrière se trouvait déjà derrière eux, Mertens reprend ses études de médecine... Et que deviendront les D'Hollander, Geert et David Verheyen, De Fauw, Suray, Lisabeth, De Schrooder, Wuyts, Van Loocke ou autres? «Ceux qui restent sur la touche ont déjà dû ranger leurs exigences, sachant que trouver constituera déjà une gageure.» Le jeu s'avère d'autant plus corsé pour les jeunes qui veulent effectuer leur entrée. «Fidèle à notre politique, j'ai préféré donner leur chance à deux stagiaires qui ont démontré des qualités et l'envie de se battre. Mais on ne peut sauver tout le monde.»

Les espoirs les plus prometteurs ont sans doute déjà paraphé un contrat, les autres attendront ou, le cas échéant, tenteront d'apporter un partenaire afin d'obtenir un bail quelque part. Une solution, comme celle d'autoriser à nouveau des équipes plus restreintes, 10 ou 12 coureurs. «Cela traduit bien l'ambiance générale, que je vois tomber plus bas encore fin 2008», conclut notre interlocuteur.

Et pour cause, la situation n'est pas propre à la Belgique, les Pays-Bas souffrent du même mal et la France ne bénéficie peut-être que d'un délai, la plupart des parraineurs (Cofids, Crédit Agricole) ayant annoncé leur départ fin 2008.