Les entreprises sortent le nez du guidon

Les entreprises sortent le nez du guidon

Beaucoup de jeunes méconnaissent les possibilités d'entreprendre. L'Union wallonne veut y remédier. (photo EdA)

L'Union wallonne des entreprises réunit 60 champions de la croissance ce mardi à Liège. Recettes du succès, etc. Et la relève ? Interview.

Cette assemblée générale qui se tient aujourd'hui à Liège, c' est un peu la grand-messe de l'Union wallonne des entreprises (UWE) : 900 inscrits, 60 patrons de boîtes en pleine ascension, un paquet de responsables politiques... On va beaucoup parler de croissance. Le patron de Bedimo, spécialisé dans le mobilier de bureau (Wavre), en sera : il vient d'acheter une usine à Morlanwelz et compte doubler son chiffre d'affaires d'ici 2012. Serge Verhaegen présidera l'un des ateliers consacrés à ce qui stimule (ou à ce qui tue) l'envie d'entreprendre chez nous.

Serge Verhaegen, vous vous interrogez sur ce qui freine l'entrepreneuriat en Belgique. Premier frein pour vous : les jeunes méconnaissent les possibilités d'entreprendre. C'est-à-dire?
Beaucoup de jeunes ne se rendent pas compte de tout ce qu'il y a à faire. Et puis, il y a toujours le mythe de l'entrepreneur suceur d'argent, du profiteur. Pour moi, un entrepreneur est quelqu'un qui vit avec son rêve et sa passion. Les gens qui s'enrichissent vraiment sont rares, même si... on ne parle que d'eux. Je suis bien avancé dans ma carrière. Mais je suis loin d'être riche. Il est temps de donner une image un peu plus réelle : l'entrepreneur est quelqu'un qui se donne. Et l'esprit d'entreprise est assimilable à une pulsion.

Par ailleurs, vous pointez le nivellement par le bas dans l'enseignement.
C'est un frein très important. On enlève aux jeunes le goût de l'effort, du service. Ce n'est pas pour rien qu'il n'y a plus de vrai homme d'État en Belgique. Quand quelqu'un dépasse du rang, on lui coupe la tête. Il n'y a plus de premier de classe. Ni de dernier. On ne leur insuffle pas le goût du succès.

Pour les jeunes comme pour les moins jeunes, la peur de l'échec est très handicapante dans ce métier. Votre avis?
Oui, la peur de l'échec est culturelle chez nous. Il ne faut pas banaliser l'échec, la faillite, parce que ce n'est pas anodin. Mais quelqu'un qui essaie, il faut l'aider. Pas l'enfoncer. C'est pour ça que, avec des entreprises de Wavre, nous avons créé la Fondation pour la jeune entreprise (*) pour aider les jeunes à monter un projet et à en détecter les faiblesses.

L'entrepreneur, justement, n'est pas souvent un gestionnaire...
En effet. Un entrepreneur, c'est quelqu'un qui a beaucoup d'énergie et qui a une idée. Son énergie va lui permettre de lancer son projet. Mais gérer la croissance, c'est changer de métier. Il y a d'ailleurs de plus en plus de formations dans ce domaine.

Qu'est-ce qui peut vous arrêter, vous?
Le manque de compétences. Le manque d'ouverture et de formation. Il faut pouvoir parler aux autres entrepreneurs en «réseautage» (je préfère ce terme à networking) et partager ses expériences. Sortir le nez du guidon!

(*) www.fjewavre.be.