'La gauche a perdu dans cette galère'

(photo Belga)

La cure d'opposition ravigote le PS. Dans leur congrès de rentrée, les ténors socialistes ont chahuté le (futur) gouvernement, jugé trop à droite et trop flamand.

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Le PS organisait dimanche à Liège son congrès de rentrée. Des propositions ? Elargir Bruxelles, limiter l'immigration "économique", augmenter le budget des soins de santé.

 La vice-première ministre sortante a dénoncé les conséquences sociales de ce qui se négociait au sein de l'orange bleue. Elle a également mis en garde contre les "concessions" faites aux partis flamands sur le plan institutionnel, soulignant que l'élargissement de Bruxelles était pour le PS "la plus importante" des revendications.

"Car si nous, Francophones, Wallons et Bruxellois, voulons prendre notre destin en mains, en être maîtres, que ce soit dans une Belgique qui persiste, ce que nous espérons évidemment, ou dans une autre configuration nationale, il faut que la Wallonie et Bruxelles forment un ensemble indissociable. Sur le plan économique. Sur le plan culturel. Mais aussi sur le plan territorial", a dit Laurette Onkelinx.

Rattachement territorial entre tous les francophones

BHV a occupé une place centrale dans ce congrès de rentrée. Après un exposé académique du chef de cabinet du ministre-président Charles Picqué, Benjamin Cadranel, assistant en droit constitutionnel à l'ULB, le président du PS, Elio Di Rupo, a mis en garde les partis flamands qui, en voulant supprimer BHV, veulent remettre en cause un des piliers de l'équilibre entre deux grandes communautés du pays. Le danger, a-t-il dit, est de voir, sur le plan territorial, les 900.000 Francophones de Bruxelles se transformer en une minorité parmi les 6,1 millions de Flamands, soit moins de 15%.

"Rattachée territorialement à la Wallonie, la Région de Bruxelles-capitale permettrait aux Francophones bruxellois alliés aux Wallons de constituer une communauté francophone représentant plus de 40% de la population belge", a-t-il ajouté en substance.

Dans un discours aux accents musclés, la chef de file du PS à la Chambre, Laurette Onkelinx, a épinglé l'ensemble des partis de l'orange bleue, le cdH, partenaire des socialistes dans les Régions et Communauté, n'étant pas épargné. C'est le "Tom Pouce écrasé par Goliath", a-t-elle dit. Laurette Onkelinx a une nouvelle fois dénoncé la teneur de l'accord orange bleu sur l'immigration "choisie" qui, selon elle, va accroître les inégalités nord-sud. "Par contre, pour les vrais malheureux, on durcit les conditions du regroupement familial et de l'obtention de la nationalité".

Les soins de santé, un luxe ?

Cette semaine, le cdH a expliqué le contenu de l'accord à des institutionnels et à des ONG. "Ce ne sont pas les séances laborieuses d'explication du texte devant les ONG qui changeront quoi que ce soit: la gauche, l'humanisme y ont perdu dans cette galère", a asséné Mme Onkelinx.

La vice-première est également revenue sur le "clash" intervenu vendredi au sein du gouvernement sortant relatif à la détermination du budget 2008 pour les soins de santé. "Les libéraux, nous confondant sans doute avec leurs futurs partenaires, ont essayé de nous faire dire qu'augmenter le budget des soins de santé de 4,5% était un luxe, et qu'il fallait donc le diminuer. Pour eux, de nouvelles politiques en matière de soins de santé ne sont pas absolument nécessaires", a-t-elle souligné. "Mais des moyens nouveaux, est-ce un luxe pour celui qui a le malheur de souffrir d'un cancer, et qui voit les médicaments innovants hors de prix", s'est notamment interrogée la future chef de groupe à la Chambre.

Le président du PS, Elio Di Rupo a pour sa part mis en évidence "le risque que font courir les libéraux de ne pas permettre la conclusion de la convention médico-mut" et dès lors de déréguler les honoraires des médecins. L'Absym a par ailleurs dénoncé cette semaine les mauvaises perspectives budgétaires qui s'annoncent et qui risquent de mettre en péril leurs revendications en termes d'honoraires. Le syndicat a menacé de faire reporter sur le patient le coût des augmentation tarifaires.

"Sarko-show"

Pour le président du parti socialiste, l'orange bleue semble suivre la voie tracée par le "Sarko-show" en France. "Revigoré", le PS a évoqué dimanche le prochain rendez-vous électoral de 2009. Le parti socialiste a appelé dimanche tous ceux qui se revendiquent de la gauche à devenir des "artisans du progrès". L'opération courra à partir de janvier et jusqu'en 2009 et même au-delà, a dit Elio Di Rupo. A l'issue du Congrès, le PS a tenu dimanche un Bureau à Liège.

A l'ordre du jour notamment, l'attitude du parti sur l'actualité institutionnelle et les négociations au fédéral ainsi que le pacte associatif en Communauté française. Jean-Claude Van Cauwenberghe n'était pas présent à Liège dimanche. Le député wallon, qui ne figure pas parmi les représentants proposés par la tutelle socialiste à Charleroi, ne siégera plus au Bureau. (Belga)