Le graffiti écologique

Après 250 mètres de crânes "propres", la municipalité de Sao Paulo a nettoyé tous les tunnels de la ville.

«Nettoyer n’est pas un crime. C’est polluer qui est criminel». L’artiste brésilien Ossario tague à coup de détergent pour nettoyer les tunnels de Sao Paulo. Un art écologique que la police ne sait pas contrer. Réagissez après avoir vu la vidéo.

Imaginez un jour d’été. Il fait étouffant. Mais faut bien aller bosser. Les embouteillages congestionnent la ville. Les vitres de la voiture sont abaissées. Tout d’un coup, la colonne avance d’une cinquantaine de mètres. Puis elle stoppe. Dans un tunnel. Là, malgré la chaleur, il faut remonter les vitres. Avec le 4X4 bourgeois qui charbonne devant, impossible de respirer.

De jour, le Brésilien Alexandre Orion emprunte sans doute les tunnels de Sao Paulo. Il sait que l’atmosphère de ces terriers de béton est irrespirable. Alors la nuit, il se mue en Ossario. Un artiste urbain écologique. Pour stigmatiser l’autodestruction mortifère de la race humaine, il «tague» les parois métalliques de têtes de morts. Crânement.

Ossario tague, mais sans bombe de peinture. Il préfère un chiffon et une bouteille de détergent. Et c’est en nettoyant la suie déposée par les voitures sur les murs du tunnel qu’il crée. Alertée par les caméras de surveillance, la police brésilienne est interloquée. Impossible de réprimer un graffiti qui nettoie la ville plutôt que de la «salir».

Des crânes qui crânent

«Ce travail est une expression vivante de la modernité, artistique et éphémère à la fois, commente le sociologue José de Souza Martin sur le site web d’Ossario. C’est un art transitoire dans sa matérialité et durable dans sa signification. Dans le contraste entre le sale et le propre, l’artiste construit un discours visuel pour les droits citoyens. Il donne une visibilité à une pollution subtilement déguisée mais terriblement traîtresse. La pollution tue.» L’inaction aussi.

Mais les autorités ne souffrent pas le sourire arrogant des crânes de propreté qui crânent dans le tunnel. Ils narguent leur négligence sur une des artères les plus fréquentée de la mégapole. Alors ils nettoient. Ils effacent. On croit que l’action d’Ossario porte ses fruits. Pourtant, les karchers ne débarquent pas pour dégommer la crasse. Non. Ils s’arrêtent au bout des 160 mètres de fresque murale. On devrait inventer le karcher contre la bêtise…

Ossario remet alors le couvert. Il tague 120 nouveaux mètres de crânes. Cette fois, la municipalité de Sao Paulo réagit différemment. Les équipes de nettoyage, accompagnées des services de voirie et de la police, nettoient tous les tunnels de la ville. On peut rêver d’un Sarko utiliser de la même façon, flics et karchers qui lui sont si chers…

(Julien RENSONNET)