Les marchés mondiaux plombent l'assiette

Les marchés mondiaux plombent l'assiette

Le caddie de la ménagère risque de faire la moue dans les prochains mois. (photo EdA - Philippe Berger)

La flambée des prix alimentaires surprend par sa longueur et parce qu'elle touche à la fois les céréales, le lait et bientôt les huiles. Décryptage.

De 2-3 % pour les produits dériv és à 20 % pour le lait, 30 à même 70 % pour les huiles, et près de 80 % pour les céréales! Ces trois matières premières alimentaires s'emballent. Avec des répercussions plus ou moins grandes dans nos rayons.

«C'est sûr que le litre de lait est plus sensible à la hausse que les crêpes pour lesquelles le lait représente 3 % du prix de revient», explique Jean-Pierre Roelands, directeur commercial chez Colruyt.

Quelles causes? Quels impacts? Suivez le guide.

«Nous étions habitués à des cycles de prix des matières premières alimentaires de 5 à 7 ans, observe Chris Moris, directeur général de la Fédération de l'industrie alimentaire (Fevia). Jusqu'il y a peu, il y avait quand même un cloisonnement de notre marché européen, avec la Politique agricole commune. Comme la PAC se décompose, nous serons plus sensibles aux chocs des marchés mondiaux. On va connaître une plus grande variabilité des prix agricoles, et donc des prix à la consommation.»

«Ce qui est exceptionnel, c'est que cette tendance dure depuis plus d'un an déjà et continue. Qu'elle s'ajoute à la hausse des prix de l'énergie. Et qu'elle touche en même temps trois catégories : le lait, les céréales, et les huiles.»

Pourquoi? «La production de bio-carburants monopolise de plus en plus de surfaces», continue Chris Moris. Ça concerne les céréales et les huiles. «Il est inquiétant de constater que d'autres pays comme les États-Unis ont des céréales plus de 100 € moins chères la tonne (30 % de moins) parce qu'ils admettent des OGM.»

Le lait, lui, flambe à cause de la demande soutenue de poudre de lait sur le marché asiatique, où les pouvoirs d'achat croissent.

Voilà pour l'explication. Et dans les rayons, ça donne quoi? «Tôt ou tard, si le prix d'un produit augmente fort, il y a un effet sur le prix de mise en rayon», indique le directeur commercial de Colruyt.

«Quand? Ça dépend du produit. Pour le lait, le beurre et pâtes, la plus grande partie de l'augmentation se trouve déjà dans le prix au rayon. Le litre de lait demi-écrémé était à 0,52€ en juin, 0,62 € mercredi et 0,59 € jeudi parce qu'on a aligné le prix sur la promotion d'un concurrent.»

Et demain? «Par-ci par-là, on entend des producteurs de riz parler d'augmentation, parce que la hausse des pâtes crée davantage de demande sur le riz. Les produits transformés à base de lait ou de céréales vont aussi devoir intégrer la hausse des matières premières.»

Selon M. Roelands, ces hausses de «produits dérivés» seront de 2 à 10 %, en fonction bien sûr de la part du coût de la matière première dans le prix de revient du produit. «Si vous prenez une eau plate, la bouteille, le marketing et le transport pèsent plus cher que l'eau. Même si l'eau double de prix, la hausse ne sera pas celle-là!»

Ces prochaines hausses seront diluées dans le temps. Moins vite pour un fromage affiné 18 mois que pour un yaourt aux fruits... «Aux Pays-Bas, j'entends que les agriculteurs veulent aussi augmenter le prix de base du lait », ajoute M. Roelands, sans pouvoir établir de pronostic : «Il y aura certainement un peu de confusion dans les prochaines semaines. Vers le début 2008, ça devrait s'aplanir...»

Pas de doute par contre sur la forte hausse des huiles, pas encore répercutée sur les prix en rayons. «Ce n'est pas très clair, mais on annonce 30, 40 voire même 70 % de hausse pour l'huile de tournesol.»

«Ce n'est pas la première fois que ça arrive, mais c'est sans doute la première que ça concerne autant de produits en même temps», concède M. Roelands.

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