Le 7 octobre 2006, Anna Politovskaïa, très critique envers Poutine, était assassinée. Par qui? Pourquoi? Le crime n'est toujours pas élucidé.

Anna Politovskaïa est morte le jour de l'anniversaire de Vladimir Poutine. Sinistre coïncidence pour celle qui dénonçait sans relâche les exactions du régime et la guerre en Tchétchénie. «Pourquoi je déteste Poutine? Pour sa balourdise, son cynisme, sa xénophobie, ses mensonges, pour les gaz qu'il a utilisés lors du siège de Nord-Ost» (le théâtre de Moscou), écrivait-t-elle dans La Russie selon Poutine.

La journaliste de Novaïa Gazeta a été assassinée dans le hall de son immeuble à Moscou. Alors que le monde s'indignait, le président russe n'avait réagi que trois jours après l'assassinat pour qualifier d'«insignifiant» le rôle de la journaliste, très critique à son égard.

Un an plus tard, on ne sait toujours pas qui a tiré et, surtout, qui a commandité le meurtre. Officiellement, l'enquête progresse. En septembre, un ex-responsable tchétchène pro-russe, Chamil Bouraïev, a été inculpé de complicité d'assassinat. Auparavant, le 27août, le Parquet avait annoncé l'arrestation d'une dizaine de suspects, dont des membres du ministère de l'Intérieur et du FSB (issu de l'ex-KGB).

Les ONG et les mouvements d'opposition doutent cependant de la volonté des autorités d'élucider véritablement le crime. «Manifestement, l'enquête n'est pas menée sérieusement. Tout est flou, contradictoire. Une dizaine de suspects ont été arrêtés, la moitié ont été libérés. Des gens qui étaient en charge de l'enquête en ont été dessaisis. Des gens dont on annonçait l'arrestation ne l'ont jamais été», s'est insurgé vendredi le secrétaire général de Reporters Sans Frontières, Robert Ménard.

La seule chose certaine «c'est que pour le moment aucun commanditaire n'a été poursuivi», les autorités russes ayant seulement «montré du doigt (l'opposant en exil, Boris) Berezovski, qui est (leur) bouc émissaire dès qu'il y a un problème en Russie», a-t-il ajouté.

A-t-elle été victime de la politique du pire initiée pour museler toute forme d'opposition? Dix-huit journalistes ont été tués depuis l'arrivée de Vladimir Poutine au Kremlin en 2001.

Elle était une des rares à avoir continué à couvrir le conflit en Tchétchénie et à dénoncer les atteintes aux droits de l'homme. Son travail dérangeait. En 2001, elle avait été enlevée pendant trois jours par l'armée russe en Tchétchénie. Lors de la prise d'otages de Beslan, en 2004, elle avait été empoisonnée dans un avion qui l'emmenait sur place, probablement en buvant du thé. Le 7octobre 2006, elle était abattue.

Depuis, Poutine poursuit sans encombre la reconstruction d'une autocratie russe digne du passé, agressive avec ses voisins et répressive avec ses citoyens.

La Constitution lui interdit de se représenter à l'élection présidentielle de 2008. Mais tout est en place pour qu'il reste au centre du pouvoir. En acceptant lundi de diriger la liste Russie Unie aux législatives du 2décembre, il se positionne pour devenir Premier ministre au printemps prochain ou président du parti et... retrouver le Kremlin en 2012, voire plus tôt, après une pause, comme l'exige la constitution.